lundi 22 juillet 2019

Une autre mosaïque de cuir, méthode "aurélienne"

Cette fois, l'effet "mosaïque" se présente comme si certaines pièces de couleur étaient "serties" dans le cuir de couvrure. Très honnêtement, j'en attribuerai l'idée de base à mon amie Aurélie, qui la première l'a improvisée sous mes yeux pour le titre d'un livre. Pour cette raison, je l'ai appelée "méthode aurélienne". Pour faire plus scientifique, on pourrait la nommer "méthode par sertissage arrière".



















Les photos ci-dessus, pour cet ouvrage "Promenades botaniques", présentent mon premier essai à peu près convaincant pour cette technique.

 Toutes les peaux utilisées sont parées à la même épaisseur, ici 3/10.

Dessin X (projet)

 Le dessin X ci-contre est exécuté sur papier, puis collé à la colle forte sur une cartonnette de 3/10 dont les dimensions sont très exactement celles du premier plat du livre. Les zones orange et bleu représentent les "patchs" qui fourniront les couleurs des pétales.

Les éléments du dessin, ici les pétales des fleurs, les feuilles et les tiges (plus la pastille ronde pour la pièce de titre), sont alors découpées avec soin.
Des pièces ainsi découpées, on ne conservera, outre la plaque de fond, celles qui doivent rester de la couleur du fond, ici marron (ex. la collerette au centre de la fleur de gauche). Dans un tel cas, on collera la plaque sur un papier simili japon, et l'on viendra remettre à leur place ces petites pièces isolées.

La séquence des opérations suivantes est illustrée par les photos A...F ci-après.



1. Préformage du cuir de couvrure

On empile dans l'ordre: un ais - une feuille de polypropylène fine (type papier pour recouvrir les livres) - la cartonnette du projet, dessin visible au dessus, que l'on garnit de colle mélangée - le cuir de couvrure (ici marron), fleur au dessus, préalablement humecté à l'éponge, soigneusement positionné par rapport au dessin, sachant qu'il constituera le premier plat de la couvrure - une autre feuille de polypropylène - une plaque d'émalène de la taille du projet - enfin un autre ais. On place le tout sous une presse et l'on serre fortement. On a intérêt à ce que la zone de pressage borde assez exactement le carton du côté intérieur. Après quelques heures, on peut retirer le tout, que l'on laisse sécher sous une plaque plane. Le profil des fleurs est alors fortement marqué dans le cuir.
Après séchage, on découpe au scalpel neuf le cuir à l'intérieur des alvéoles, en suivant si possible le fond de celles-ci. En général, les chants des alvéoles sont alors couverts du cuir (ici marron). Si certains chants se sont décollés, on les rabat et on les recolle (colle forte). Pour les chants qui auraient été coupés, on les peint de la teinte générale (ici marron) (le résultat est représenté par la photo A)
Si à nouveau des pièces intérieures sont libérées (collerette marron de la fleur de gauche), on les traite de la même manière et on les conserve.

2. Couleurs arrières

Pour avoir la couleur des fleurs, on réalise un patchwork de trois couleurs. On découpe un rectangle de peau verte, de dimension égale à la cartonnette du projet, qui donnera la couleur des tiges et des feuilles. Par quelques piquages on y repère une zone qui portera la couleur orange, et une zone qui apportera la couleur bleue. En superposant la peau verte, l'orange à gauche, la bleue à droite (Photo B), on découpe les zones définies par le dessin X initial (photo C). La précision de découpe n'est nécessaire que là ou deux couleurs se rencontrent (ici vert-orange et vert-bleu). Sur un papier simili-japon, on peut alors assembler exactement le patchwork des trois couleurs, l'orange et le bleu dans le rectangle vert, toutes les couleurs étant de niveau (photo D).

3. Pressage arrière

On empile à nouveau ais - émalène - polypropylène - patchwork des couleurs, couleurs au dessus, garni de colle mélangée - cartonnette du projet avec son cuir marron au dessus - polypropylène - ais. On met sous presse, on serre et l'on laisse quelques heures.
 Pour les pièces libres éventuelles (collerette de la fleur de gauche), on n'aura pas oublié de les placer à leur emplacement dans les alvéoles de la cartonnette.
Après séchage, du côté face, les couleurs apparaissent "serties" dans la couleur de fond. Au dos, des vides se sont formés dans les zones repoussées (voir la fleur à droite de la photo E).

4. Comblage des vides

On peut combler ces vides à l'arrière à l'aide de divers matériaux. Pour ma part, j'ai choisi de découper des formes dans de la doublure de peau. Une grande précision n'est pas nécessaire. (La doublure de peau se coupe très bien au ciseau, très mal au scalpel). Les zones blanches des photos E et F représentent ces doublures de comblage.
On peut songer aussi bien à du silicone, de la sciure fine agglomérée par de la colle, etc...

L'ensemble peut alors être collé sur le premier plat du livre (colle forte), plutôt par pressage manuel. Le positionnement doit être très précis pour ne pas avoir d'effet d'"escaliers" aux bords.


5. Contre-pressage (facultatif)

Si l'on a rempli les vides (v. section 4) par de la doublure de peau, il se peut qu'elle soit légèrement plus épaisse que les vides à remplir. Un contre pressage sous émalène: ais-polyprop-projet-polyprop-émalène-ais a alors l'avantage d'accentuer le relief de sertissage, mais par contre l'inconvénient de révéler légèrement (suivant lumière) les contours du patchwork. Ce fut le cas pour le projet concerné. Il y a lieu de réfléchir à une solution pour ce désagrément.

samedi 20 juillet 2019

Mosaique de cuir, technique de superposition

On l'aura compris, j'ai quelque tendresse pour la technique de mosaïque déjà évoquée dans l'article primordial du 8/09/2018 et celui du 10/02/2019. Au fur et à mesure des essais, les opérations compliquées se simplifient, les chausse-trappes apparaissent, et c'est ainsi que la technique progresse... par petits pas

Dans le cas présent, la technique ne concerne qu'une partie du premier plat de l'ouvrage "L'astronomie pour tous", de G. Bovier-Lapierre, pour lequel le travail d'ensemble est présenté sur la photo ci-contre.
Le travail de mosaïque ne concernait que la représentation de la terre, qui demandait un assemblage de 3 couleurs bleu, jaune, blanc.
Toutes les couleurs seront prises dans des peaux de même épaisseur: 3/10 ou moins.

On reprend la séquence d'opérations, en se basant sur le modèle ci-contre extrait de la banque d'images "Getty images". Sur ce dessin ont été représentées deux zones: ABCDEFGHIJKLA (zone 1) qui contient les terres tempérées, et ABCDEFGHA (zone 2), qui contient les zones polaires. Je conseille de faire deux copies de ce schéma.

En fixant sommairement ce dessin sur le cuir jaune, je découpe la zone 1, puis sur le cuir blanc, la zone 2. Seule la frontière ABCDEFG doit être assez précise. Le débord IJK tient au fait qu'il faudra assurer les remplis.

Je colle à la colle de pâte le dessin total (ou sa copie) sur le cuir bleu. Puis en pointant les repères AHIJKL à travers le cuir, je positionne mes coupes jaune et blanche que je colle au dos du bleu, à la colle de pâte. Le positionnement de la jonction ABCDEFG doit être rigoureux.
Par rapport aux essais antérieurs, je ne préconise plus le doublage des peaux par un papier.
Cet ensemble est alors placé sur une plaque de verre et maintenu en le bordant de papier kraft adhésif.

Au scalpel à lame neuve, on peut alors découper très précisément les continents. Les pièces se détachent l'une après l'autre, généralement avec leurs deux épaisseurs de peau. On identifie chaque pièce au dos puis on les plonge dans un bol d'eau. Les épaisseurs de peau et le papier se détachent alors automatiquement.

Sur une vitre, on fixe un carré de simili japon, en mouillant le verre simplement. Sur ce papier on vient placer à la colle de pâte (ou mélangée) les zones de bleu (la mer, les lacs), puis les zones de terre, jaune ou blanche. L'assemblage doit pouvoir être fait de manière assez précise.

L'ensemble se détache de lui-même après séchage. On l'utilise alors comme partie du décor du 1er plat.


 

dimanche 10 février 2019

Une technique de mosaïque de cuir

 Pour cette méthode, on consultera utilement l'article suivant au 20 Juillet 2019, qui y apporte quelques améliorations, voire corrections...

Cet article est un complément  à mon article "primordial": "Un essai de mosaïque de cuir" du 8 Septembre 2018. Il n'est pas à confondre avec l'article "Mosaïque de cuir, méthode François Voignier" du 15 Juin 2017, lequel aurait pu s'intituler : "Mosaïque de cuir; Méthode du cloisonné-bombé (François Voignier)". Ici, il s'agit d'une mosaïque "de niveau", en somme une alternative à la méthode classique du modèle en rhodoïd, que je propose cependant comme étant plus rapide et plus précise.

 Pour le principe général, on reprendra l'article du 8//09/2018. La seule amélioration apportée ici dans cet article est l'application à un motif à 3 couleurs, sachant que le précédent article était limité à 2.

Cela dit, le principe reste le même, très simple: pour couper des pièces de cuir s'emboitant parfaitement dans un motif, il suffit de les couper en superposition.

Sur l'exemple ci-contre, le travail de mosaïque proprement dit est concentré sur le premier plat, et porte sur 3 couleurs, celles des personnages rouge et bleu, et celle du fond ocre.

En suivant la technique de l'article du 8/09/18, on aura réalisé successivement les opérations suivantes:
 1. Dessiner la scène projetée sur un papier
 2. Faire parer des rectangles de cuir jaune, rouge, bleu aux épaisseurx 3/10 (ou moins), suffisants pour porter le fond (jaune), la femme (rouge), et l'homme (bleu).
3. Stabiliser ces rectangles de cuir en les doublant d'un simili-japon, à la colle flexible.
4. Sur la pièce jaune, coller le dessin papier de la scène à la colle de pâte.
3. Sur une plaque de verre, fixer la pièce jaune sur un bord à l'aide de kraft autocollant.
3. Coller la pièce rouge sous la jaune, à la colle de pâte, à l'emplacement de la femme*. Compléter la fixation de la pièce jaune sur le verre à l'aide du kraft autocollant sur les 4 bords.
4. Découper le contour de la femme. Marquer le contour de l'homme en coupant superficiellement sans traverser.
5. Partant d'un point du contour de la femme, soulever la couche jaune sur celle-ci, au besoin en apportant de l'eau avec un pinceau. La femme apparaît en rouge, et peut éventuellement se détacher.
6. Libérer à l'eau la fixation kraft du rectangle jaune sur 3 côtés. Dégager (à l'eau si nécessaire) l'excédent de cuir rouge. Rassembler la partie jaune et la femme rouge en les collant en place sur un simili-japon, à la colle flexible.
6. Recommencer les opérations 3-4-5-6 avec le cuir bleu, pour l'homme, à son emplacement.
7. Après séchage, lisser l'ensemble, surtout au niveau des jonctions, à l'aide d'un plioir téflon à travers une macule blanche.

 8. Les collages-décollages à la colle lente ont peut-être un peu épidermé les cuirs. Les cirer avec un cirage de bonne qualité.

La photo ci-contre montre l'ouvrage complet terminé, moyennant quelques fantaisies supplémentaires: nerfs obliques, pièce de titre bicolore.
L'innovation est le sel de la reliure.

* Pour repérer l'emplacement d'un dessin au dos du cuir, on repère un cadre rectangulaire de ce dessin en piquant 4 repères aux bords de la pièce jaune.

samedi 22 septembre 2018

Une méthode de couture sans ficelles ni rubans

J'ai déjà traité cette question dans ce blog à la date du 13 Mars 2013, sous le titre "Des livres "brochés" ". Le présent article vise à en réactualiser le contenu, compte tenu d'expériences personnelles récentes.

Il peut y avoir diverses raisons de vouloir coudre un livre sans ficelles ni rubans. Le plus souvent il s'agit de livres à faible nombre de cahiers, typiquement des albums d'enfants, pour lesquels la couture traditionnelle conduit à un dos trop lourd et trop rigide. Dans d'autres cas, on voudra restaurer des livres simplement brochés (je parle ici de livres brochés-cousus "à cahiers", et non de livres brochés-collés d'aujourd'hui, sans cahiers, voir l'exemple du 13/03/2013),  de façon à ce qu'ils gardent leur aspect "broché" original, tout en leur donnant la robustesse d'une couture classique.

Reliure d'attente
Il faut noter que des livres courants, au XIXème siècle, étaient souvent édités sous un mode de couture très simple, résumé par le dessin A ci-contre. On parlait alors de "reliure d'attente", en ce sens que le livre en question "attendait"...d'être relié sérieusement par un artisan relieur. La couture se résumait à deux rangs de chaînettes. La faiblesse de ce montage (qui n'était pas conçu pour durer) fait que l'on retrouve souvent aujourd'hui ces livres en fort mauvais état.

 
Dans la version que je propose, il n'y a plus 2 rangs de chaînette, mais 3, 4 ou plus; de sorte que la couture devient aussi solide qu'une couture ordinaire. Ainsi dans l'exemple ci-dessous à 4 fentes, l'ouvrage a pu être achevé comme dans le cas d'une reliure normale, avec dos arrondi, gardes couleurs, etc...
On peut résumer la méthode ainsi, chaque fente porte une rangée continue de chaînettes. Pour le présent ouvrage, on a choisi une couture à 4 fentes, mais on y retrouve le principe de la couture à 3 fentes du  13/09/2013 . Ce principe de couture s'apparenterait, semble-t-il à la reliure "copte", mais j'ai trouvé peu d'information sur le sujet.


 Le principe de la couture, en partie courante, est schématisé par les deux figures B1, B2 ci-contre (agrandir en cliquant dessus). Partant d'un point P du cahier 3, par ex., on suivra aisément le trajet du fil pour accrocher le cahier 4. A chaque fente de ce dernier, le fil sort et passe derrière le fil du cahier 3, puis re-rentre dans le cahier 4.


Seuls les deux premiers cahiers font l'objet d'un schéma de couture particulier illustré par la figure B2. Partant du point O, le fil passe alternativement dans les cahiers 1 et 2, à l'aller comme au retour. En sortie, les deux brins du fil sont alors noués d'un double noeud.



Pour l'instant, rien de nouveau par rapport à l'article du 13/09/2013.

Une amélioration a été apportée cependant, valable pour un livre tant soit peu épais (plus de 5 cahiers). En effet, la pratique a montré que sans précaution supplémentaire, la couture directe entraine une contre-cambrure du dos, qui compromet l'étape d'arrondissure. Pour cette raison, un cahier sur trois a été entouré d'un feuillet supplémentaire (en jaune, photo C1), feuillet sans valeur qui sera déchiré par la suite.


La photo C2 montre le grecquage à 4 fentes. Les fentes extrêmes peuvent être  positionnées à l'aide d'un gabarit de grecquage de relieur, les autres en divisant par 3 l'espace entre ces fentes.






La photo D illustre l'organisation du travail, par exemple pour le montage du 4ème cahier. Le 3ème cahier étant supposé avoir été cousu, les cahiers précédents (donc cahiers 1 et 2),sont positionnés au bord de la table,  bloqués sur celle-ci en posant au dessus une règle lourde.
L'opérateur a soulevé le cahier 3 pour montrer la règle, et tient en main le cahier 4 à coudre. Ce dernier va être cousu normalement de travée en travée (schéma B1), sauf qu'à chaque sortie de cahier, le fil sera repassé sous le cahier 3 pour former une chaînette à ce niveau.



La manière de s'y prendre pour passer cette chaînette est illustrée par les photos E1, E2. Sur la photo E1, on voit le fil sortant du cahier 4 en cours, passant sous le cahier 3 et en ressortant immédiatement derrière le fil du rang précédent. Il sera ensuite re-rentré dans le cahier 4 au même niveau pour poursuivre la couture.

Entrer et ressortir ainsi sous le cahier 3 peut paraître délicat. La photo E2 montre la manière de s'y prendre. Il suffit de présenter l'aiguille entre les cahiers 2-3 et de la basculer sur le bord de la table de façon à soulever le cahier 3, le reste de l'ouvrage étant maintenu par la règle. On peut ainsi reprendre l'aiguille sous le cahier 3 et la ressortir aussitôt derrière le rang de chaînette.

A la fin de la couture, on n'oubliera pas de déchirer les fausses pages, ce qui desserrera un peu le dos, permettant de passer à l'étape d'arrondissure.

La couture terminée, le travail se poursuit comme pour une couture ordinaire, sauf que l'on ne possède pas les ficelles qui, dans la reliure à la française, font le lien avec les plats. Il faut donc basculer sur un autre type de finition: reliure à plats rapportés, bradel, etc...

Les photos 1 et 2 montrent le livre fini. Et si l'on me dit: "ben, alors, ça ressemble à n'importe quel livre !", alors...

...le but était de démontrer la faisabilité de ce type de couture, sans ficelles ni ruban, et de proposer une méthode...

alors le contrat est-il rempli ?

samedi 8 septembre 2018

Un essai de mosaïque de cuir

 Note au 20 Juillet 2019: Cet article relate un premier essai d'une technique de mosaïque de cuir, basé sur une méthode personnelle. Deux essais ultérieurs au 10 Février 2019 et 20 Juillet 2019 y apportent de nouveaux développments, voire des corrections. On s'y reportera utilement
 
La méthode est basée sur une idée très simple, à savoir que pour couper des pièces de cuir s'emboitant parfaitement dans un motif, il suffirait de les couper en superposition.
 Comme toujours, une idée même la plus simple nécessite une mise au point longue et progressive, nécessitant plusieurs "prototypes". Soyons clairs, on ne trouvera ci-après qu'une première ébauche, donc largement susceptible d'améliorations.

L'objectif est de réaliser le projet ci-contre, représentant un couple homme-femme étroitement enlacés, tel le chèvrefeuille (c'est le titre du livre) qui enlace l'arbuste jusqu'à l'étouffer (d'où les pieds en forme de racine).

La réalisation doit assembler deux cuirs, l'un gris-noir pour représenter l'homme, l'autre rouge pour représenter la femme.
Ces deux pièces de cuir devraient être d'épaisseurs très faibles (3/10 par ex) et rigoureusement égales (ce n'était pas le cas dans notre essai).

Le projet étant dessiné sur un papier, deux pièces de cuir rectangulaires, grise et rouge, plus grandes que le motif papier, sont d'abord stabilisées en les doublant d'un papier simili-japon, à l'aide de colle plastique (adhérence forte).

Sur une plaque de verre (photo A), on a fixé le cuir rouge à l'aide de 2 bandes de papier Kraft auto-adhésif. On a collé par dessus le cuir gris à l'aide de colle de pâte (donc d'adhérence faible, nettoyable à l'eau). Enfin on a collé par dessus le projet papier, à nouveau à l'aide de colle de pâte.

Au scalpel bien affuté, on découpe tous les contours en laissant cependant quelques points d'accrochage pour que les pièces ne se désolidarisent pas.

En mouillant les zones blanches au pinceau, on nettoie le papier sur "la femme" (ph. B), puis en mouillant à nouveau cette zone au pinceau, on peut soulever les couches de cuir gris pour faire apparaître le cuir rouge (ph. C).

 On dégage à l'eau le kraft adhésif de droite, ce qui permet de retourner l'ensemble sur la gauche, faisant apparaître l'envers du montage. En mouillant "l'homme" au pinceau, on  peut ainsi dégager le cuir rouge au dos de "l'homme"(ph. D).  Notons que dans le cas présent, "l'homme" a emporté au dos un peu du pigment du cuir rouge, et apparaît en rouge léger.

 Sur la  droite du montage (ph. D), on a disposé et fixé une bande de papier quelconque, qui sera le support final du projet.  On rabat à nouveau le montage sur ce papier, et on le fixe à l'aide d'adhésif (ph. E). A nouveau au pinceau à l'eau, on dégage le papier sur "l'homme", faisant apparaître le cuir gris. On peut enfin achever au scalpel la séparation des  pièces  que l'on prélève une par une, et que l'on replace très exactement à leur place au fur et à mesure, en les collant sur le papier support. (ph. F).

 L'ensemble du motif se trouve ainsi complètement dégagé et les cuirs inutiles de l'entourage s'éliminent d'eux-mêmes (ph.G).

Le projet apparaît ainsi complet sur le papier support (ph. H). Il suffit alors de le nettoyer, le cirer (ph. I), éventuellement le détourer pour l'insérer sur un livre dans une incrustation.

Conclusion. Plusieurs points seraient à améliorer. Le collage cuir sur cuir et papier sur cuir à la colle de pâte n'est pas sans une légère dégradation du cuir inférieur (perte de pigment). Il faudrait trouver un collage moins agressif.
Le travail au niveau des petites pièces (ici les racines, d'ailleurs incomplètement réussi) est délicat, ces pièces ayant tendance à s'échapper en cours de montage.


dimanche 12 août 2018

Une jaquette en mylar

Les relieurs amateurs qui me lisent font certainement des merveilles; et ces merveilles, on connait le problème; il faut les protéger. Car on veut les montrer ces trésors...à des gens forcément indélicats, qui vont vouloir les toucher (avec leurs doigts sales). Et puis il faudra bien les ranger, ces trésors, dans la bibliothèque (pleine à craquer), où ils vont se frotter les uns contre les autres.

C'est là que je propose une solution toute simple, élémentaire: les habiller d'une jaquette en mylar (en plastique en quelque sorte). Oh j'entends déjà les quolibets !
Discussion (à peine fictive)
     Mr X (Mr qui sais tout). Pour protéger un beau livre, on lui fait un coffret !
     C. (votre serviteur) Mais alors le livre, on le voit plus !
     X. Si, en le sortant du coffret !
     C (perplexe). ?????
     X. ...et un coffret, ça peut être très beau !
     C (goguenard). mais alors le coffret, il faut le protéger..., et puis c'est autant de boulot que la reliure du livre !
     X (péremptoire)... et puis une couverture en plastique, c'est pas beau ! 
     C (naïf). Ben, c'est pas beau si le livre est pas beau, puisqu'on le voit à travers !
..................

Laissons ! Tant pis pour les moqueurs. Je continuerai à habiller mes trésors de mylar; ainsi on peut les montrer, les toucher, les ranger, et même jusqu'à les lire !!

Pourquoi du mylar ? J'ai d'abord pensé à du rhodoïd.  Mais le rhodoïd est maintenant introuvable en rouleau; et puis il est cassant au pliage. Tout le monde se souvient de la collection "La pléiade", et ses jaquettes de rhodoïd (tiens, collection de luxe !) qui explosaient de toute part.
Au contraire, le mylar est vendu en rouleau (Veber-metaux: 66 Rue de Turenne, 75003 Paris); il accepte parfaitement le pliage, et est parfaitement transparent.

Pour la technique, elle est élémentaire, et tous ceux qui ont, dans le temps, recouvert leurs livres d'école la connaissent. Mais attention, le mylar n'est pas le papier; il peut réserver des surprises ! (pastiche) "Il y en a qu'ont essayé ! Il y en a qu'ont eu des problèmes !"

Le schéma suivant illustre la procédure que je propose !

En entourant le livre d'un papier, on a découpé dans ce papier le gabarit exact du livre AAAA (en bleu). Aux dimensions de ce rectangle on ajoute sur chaque côté 2 fois la largeur des rabats, par ex. 2 fois 4 cm, soit le rectangle BBBB, que l'on découpe dans du mylar. Placer le gabarit au centre du mylar et le maintenir à l'aide de papiers adhésifs (en jaune) au milieu de chaque côté, type papier cache de peintre. Repérer la partie arrondie du dos, soit les repères K, L.
Faire ensuite les coupes légèrement obliques marquées en rouge: AE, CD, au coin, et de même aux autres coins,  puis FG, HJ et KL aux milieux des grands côtés.Noter que les le point C est légèrement décalé par rapport au sommet A, et de même le point F est légèrement décalé par rapport au repère L.
On fait ainsi tomber les zones marquées en gris.

On replie alors un des côtés, par ex. le côté AA de gauche, en marquant fermement le pli au plioir.
On engage le livre dans le pli AA, puis on entoure le livre, ce qui permet de marquer exactement sur les papiers cache (marques xx en vert), la position du pli AA de droite. Puis on dégage la jaquette, et on forme le pli AA de droite sur ces marques. On fait ainsi pour chaque rabat; on plie, on engage le livre, on marque le pli opposé, on dégage la jaquette, on forme le pli opposé sur les marques, etc...

A la fin, il est fréquent que l'on trouve la jaquette légèrement trop large. Il est toujours possible de corriger les plis. Pour cela, on pince le mylar en quelques points le long du nouveau pli. Au plioir, on rejoint les "pincements" en marquant fermement le pli définitif. L'ancien pli sera pratiquement invisible.

Pour terminer, on enlève le gabarit et les adhésifs. Les traces d'adhésif se nettoient au white-spirit. La jaquette étant enfin remise en place, on assure le maintien des angles intérieurs par des bouts d'adhésif transparent, en évitant bien sûr tout contact avec le livre.

samedi 14 avril 2018

Un tutoriel de papier à la colle (F. Voignier)

Ce 5 Avril, c'est encore mon ami et professeur de dorure François Voignier, du club de dorure de Viry-Chatillon, qui proposait à un groupe de relieurs, dont j'ai eu la chance de faire partie, une petite initiation à la pratique du papier à la colle

 Je ne montrerai ici que quelques résultats de cette initiation, en renvoyant le lecteur intéressé au blog de mon association "Les Lieurs de Sénart", dont l'adresse internet est la suivante: www.leslieursdesenartdraveil.blogspot.fr.
Le compte-rendu que j'y ai fait de cette rencontre est, je l'espère, suffisamment étoffé pour constituer en soi un petit tutoriel de cette pratique, au demeurant assez facile.

Un papier fait par F.V. en séance


Quelques papiers fabriqués par F.V.


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Un autre papier fait par F.V. en séance


Un papier fait en séance par une élève