jeudi 15 juin 2017

Mosaïque de cuir; méthode François Voignier


Ce petit tutoriel concerne une technique permettant de réaliser des effets de mosaïque de cuir de type "cloisonné" ou "vitrail". Les principes m'ont été enseignés par mon ami et professeur de dorure François Voignier, lequel est essentiellement l'inventeur de cette technique.

Au  delà de l'apprentissage, j'ai pu expérimenter la méthode pour un résultat qui m'a paru intéressant.

 Toutes les photos peuvent être agrandies en cliquant dessus
Les * renvoient à des notes en fin d'article

O. Domaine d'application

De fait, on trouvera dans cet exposé la solution à deux problèmes différents: d'une part l'assemblage bord à bord de peaux de couleurs différentes, d'autre part la réalisation de pièces légèrement "bombées" pour donner un effet de relief .
On notera que la méthode est surtout intéressante pour un décor présentant un grand nombre de petites pièces, comme c'est typiquement le cas pour un vitrail*.

La méthode nécessite l'utilisation d'une plaque d'émalène et d'une petite quantité  de colle "Béryplast", vendue dans le commerce médical.

Le schéma ci-après résume à lui seul le principe général de la méthode. On pourra s'y reporter aussi souvent que nécessaire. _______________________________________________________________________________
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La photo A1 ci-dessous montre le résultat final de l'opération. Il s'agit d'une étoile en 4 couleurs, qui présente les deux difficultés:
1. les couleurs doivent être assemblées bord à bord de manière précise,
2. les branches doivent recevoir un "bombé" avant d'être insérées dans leurs logements, de façon à créer un effet de vitrail.


A. Réalisation de la forme

Il s'agit de réaliser le logement où viendront se loger les branches de l'étoile. Le pourtour de l'étoile est creusé dans une cartonnette assez épaisse (Photo A2, ici, 2 épaisseurs de 6/10 superposées), collée sur un carton qui peut être le plat d'un livre. Les "cloisons" sont découpées dans la même cartonnette (Ph. A3, toujours doublée). La peau (A4) fait partie de la couvrure du livre, et doit être assez fine (ici: 3/10).


La photo A5 montre l'étoile munie de ses cloisons, ainsi que la peau de couvrure. La forme sera donnée par pressage à l'émalène.

Humecter la peau, nourrir le carton de colle de pâte, éventuellement mélangée de colle plastique; la photo A6 montre l'empilage qui ira sous la presse, soit
ai-carton-peau-émalène-ai (les macules sur la photo sont à enlever).

Le résultat est visible en (A7).






B. Les pièces du "puzzle": stabilisation des peaux

Pour obtenir des pièces de forme précise, les peaux doivent être "stabilisés en les doublant de papier.

On travaille sur une plaque de verre (ici, un miroir), préalablement humectée d'eau. On pose une feuille de papier fin, par ex. simili japon, Bolloré*,..., que l'on étale soigneusement à l'éponge mouillée de façon à résorber tous les plis sans la déchirer (B1). Le papier se fixe provisoirement par capillarité.

On fixe définitivement la feuille sur le verre à l'aide de Kraft collant tout autour (B2).

La surface totale étant enduite de colle plastique, on pose des pièces de cuir dont on a choisi les couleurs, sur la couche de colle. (B3). Il est important que les peaux soient d'épaisseurs similaires.

Après séchage complet (un jour), on découpe la feuille au scalpel, qui se détache d'elle même (B4). On isole alors les pièces de peau ainsi doublées (B5).

C. Assemblage des peaux bord à bord

 Les pièces de peau sont coupées en deux parties, soigneusement au scalpel, en tenant compte que chaque partie devra porter une demi-branche de l'étoile, convenablement orientée (C1).

Les assemblages de couleur se font sur une nouvelle base vitre-papier-colle (C2) comme au chapitre B. (voir B1, B2). L'assemblage des pièces doit être très soigné, de façon à ne laisser apparaitre aucun espace.

 Après séchage, on récupère la feuille de papier dans laquelle on découpe les assemblages (C3).



D. Préparation du "bombé". Doublage des peaux

Pour obtenir un effet de "bombé", on devra doubler les peaux d'un "matelas" souple, par exemple de la doublure de peau (côté chair d'une peau refendue). Ici on a utilisé 2 épaisseurs de doublure de 6/10.
On colle les pièces sur la doublure (D1), puis on les sépare (D2). Eventuellement, on réitère l'opération pour un doublage deux fois plus épais.

 E. Découpage des éléments du vitrail

On prédécoupe la forme des éléments, par ex. dans une photocopie de la pièce A7, ou par "empreinte directe" (E1). Identifier chaque élément (ici N, S, E, O).

 A partir de cette ébauche, on découpe dans une cartonnette les formes des pièces, que l'on ajuste très précisément en les essayant dans leurs logements (E2).

On fixe ces éléments sur les pièces de cuir à l'aide d'adhésif repositionnable, convenablement disposées par rapport aux lignes de jonction (E3). En suivant au scalpel les bords des pièces carton, on découpe très précisément les pièces du puzzle (E4); il faut conduire le scalpel incliné vers l'intérieur de la pièce de façon à créer un léger chanfrein rentrant. Identifier les pièces, (E5), et vérifier leur placement correct dans leurs logements (E6).

F. Mise en forme des pièces

L'opération devra se faire avec célérité*.
Préparer 2 ais, un flacon de "Béryplast", 2 carrés de plastique dont l'un "semi-rigide" (ici du mylar  6/10), la feuille d'émalène (e) (F1), macule et pinceau.

Nourrir le bord des pièces de Béryplast côté "chair" . Les poser côté "fleur" sur le plastique semi-rigide puis poser par dessus l'autre plastique (F2).

Retourner le tout et le placer sous émalène, entre les deux ais. La pression de l'émalène doit s'exercer sur le côté "fleur" (F3).


Mettre en presse 2 heures. On récupère alors les éléments (F4).

(F5) montre l'étalement partiel du "Béryplast" au dos des pièces.

(F6) montre un élément avec son effet de "bombé".

(F7) montre le jeu complet des pièces du "puzzle"


G. Insertion des pièces dans leurs logements

Pour insérer les pièces, on peut les border simplement de colle plastique (G1), ou les enduire entièrement.
La première option laisse aux éléments un effet "coussin d'air" qui peut être apprécié.

On place les pièces dans leurs logements (G2), en marquant bien les bords à l'aide d'un petit plioir.

Après séchage, l'ensemble donne le résultat (G3) (identique à A1)

H. Application

 

J'ai utilisé la méthode pour réaliser le décor de l'ouvrage "La cerise", d'Alphonse Boudard.

 L'auteur y raconte sa vie d'après-guerre lors de ses multiples passages par la case "prison", ce qui explique le décor.

Les "parpaings" ont été réalisés en utilisant la méthode du "cloisonné bombé" décrite ci-dessus.






 Notes

O. *En effet, le "bombé" peut s'obtenir autrement par un simple chanfrein intérieur et pressage à l'émalène, mais la réalisation précise des chanfreins est fastidieuse si l'on a un grand nombre de pièces, comme dans le cas d'un vitrail.
 B.  *Le papier "Bolloré" 12g est plus aisé à étaler sans le déchirer.
       **Dans le cas de peaux d'épaisseurs légèrement différentes, on peut "rattraper la différence" par pressage simultané sous émalène. des pièces de mosaïque collées sur leur doublure (avant le bombé).
 F. *Si l'on a trop de petites pièces, procéder en plusieurs groupes pour éviter au Béryplast de sécher.

dimanche 22 janvier 2017

La bibliothèque Richelieu, un bijou !

Dimanche 15 Janvier 2017,

Après 7 ans de fermeture, la  BNF rouvrait enfin une partie restaurée de son site historique "Richelieu", l'ensemble du site devant, in fine, être entièrement orienté vers l'histoire de l'art.
Deux petits jours seulement, Samedi 14 et Dimanche 15 pour les innombrables curieux, avant que l'édifice ne soit définitivement livré aux seuls historiens et chercheurs.

Le résultat promettait d'être décoiffant, et il le fut, mais...



 ...pas de réservation, pas de coupe file; il fallait la mériter, la "Richelieu". La file que l'on voit sur la photo fait en réalité... 3 côtés complets du bâtiment.

Enfin au bout d'une heure 3/4 de piétinement dans le froid, on franchit enfin le poste de contrôle... l'enchantement n'est pas loin.





Suivez les photos sans oublier de cliquer dessus pour les agrandir; c'est magique. On revient au blog par la croix en haut à droite de la photo.

La visite commence par la salle Labrouste (1). Ouah !!!

Salle Labrouste, côté Est

Salle Labrouste, côté Ouest


Salle Labrouste, angle Nord-Est

Salle Labrouste: les rayonnages circulaires (S/O)

Salle Labrouste: des rayonnages droits (Ouest)

Salle Labrouste: côté Nord et structure métallique
Comme une cathédrale...

Salle Labrouste: structure de la verrière

...gothique, façon XIXème

Salle Labrouste: détail de la structure

Salle Labrouste: détail de la peinture dans un arc mural et détail de la verrière
 Les  arcs révèlent à l'intérieur de grandes peintures dans le goût de l'époque (3)


Salle Labrouste: table de lecture courante et pupitre de consultation rapide





et le mobilier est de même facture !!!


Après en avoir pris plein la vue, on se dirige vers le magasin central.
Ambiance plus classique d'une réserve (de 5 étages),  mais qui vous offre une petite surprise:
le système central des pneumatiques. Les demandes des lecteurs étaient autrefois acheminées par ce biais vers les magasiniers, qui extrayaient les livres et les apportaient au bureau de prêt.

Magasin central: le réseau des pneumatiques
un cauchemar de plombier !!
Plus en détail

Magasin central: le réseau des pneumatiques (détails)




Changement de décor. On se dirige vers la salle des manuscrits. Un petit bijou d'art nouveau. On admirera, sur la gauche, la cloison ouvragée, ainsi que l'escalier d'accès à la mezzanine, ci-dessous.

Salle des manuscrits: escalier intérieur
Salle des manuscrits: "La fête d'automne aux feuilles d'automne" de Genji Monogatari (1650-1654)




On se dirige enfin vers la réserve des Arts du Spectacle. Pour cela, on traverse une salle plus ou moins circulaire: la "Rotonde des Arts du Spectacle". Les nombreuses vitrines présentent quelques objets historiques: ainsi le manteau de Sarah Bernard dans "Cléopâtre" de V. Sardou (1902), et "Le sultan", marionnette pour un numéro de pantomine "Mille et Une nuits".
 


La salle de travail et réserve des Arts du Spectacle est de facture classique, mais elle recèle des trésors  considérables: manuscrits de pièces de théâtre, correspondances, photographies, etc... Sur le photo ci-contre (agrandir) un rayonnage courant donne une idée de la vocation de la salle de lecture.

On termine la visite par la salle ovale (4), non encore restaurée. C'est encore sombre, mais il n'est pas interdit d'imaginer ce qui nous attend...vers 2020.

La salle ovale: rayonnages

La salle ovale: structure et verrière
La salle ovale: rayonnages




Enfin, il  faut bien quitter ce lieu magique.
On prend le chemin de la sortie...

...la foule  est toujours là ! Seule différence, avec des parapluies.







 Informations complémentaires :

(1) Henri Labrouste (1801-1875), architecte français, réalise cette salle de 1861 à 1875, sur le principe d'une structure métallique, principe qu'il avait déjà mis en œuvre pour la Bibliothèque Sainte Geneviève, mais dans un style très différent.

(2) Toute la structure repose sur les arcs en fer ajouré, qui retombent sur seize colonnes de fonte; d'où l'impression extraordinaire de légèreté.

(3) Les tableaux de nature verdoyante sont dus au paysagiste A. Desgoffe (1864). Les sujets, simples étaient censés ne pas distraire le lecteur mais procurer une sensation de calme et de détente.

(4) La salle ovale est due aux architectes J.C. Pascal et A. Recoura. D'une hauteur sous plafond de 18m, elle est ouverte en 1936. La structure utilise à nouveau la fonte pour les colonnes de support.








mercredi 16 mars 2016

Traitement des documents papier



Cet article résulte d'une collecte d'informations auprès de mon ami et formateur-dorure François Voignier, d'après des expériences qu'il a menées afin de résoudre des problèmes de restauration d'affiches et de gravures. Ces informations s'appliquent évidemment au domaine du livre, à cela près que les opérations présentées ci-après peuvent devoir être répétées...100 fois, 200 fois, 300 fois, etc... selon le nombre de pages de l'ouvrage.
La restauration est un sport d'endurance !

  I. Nettoyage des papiers

 On essaiera dans l'ordre:

     1. Gommage du papier
 On utlise la gomme en poudre, que l'on frotte sous les doigts, plus légèrement sur les parties imprimées. On peut aussi utiliser la gomme mie de pain ou la gomme en chaussette, cependant moins efficaces.

     2. Traitements

     2.1. Pour des mouillures, on peut essayer, avant tout essai chimique, un simple bain d'eau tiède (plusieurs heures à 40°). Cette opération est quelquefois suffisante.

     2.2. Traitements chlorés.

Pour des taches (moisissures, taches sauf taches de rouille), on peut utiliser un bain de chlore (par ex. eau de Javel) très dilué, appliqué pendant un temps très long (de plusieurs heures à plus d'un jour). On neutralise ensuite au métabisulfite de sodium.

          a) Mise en oeuvre
Une bonne concentration chlorée à 0,5% est obtenue, pour 10 litres d'eau froide (pas plus de 20°), avec 50cm3 d'eau de Javel à 3,5% (indication 3,5 CA sur les bouteilles), ce qui donne au final une solution à 0,0175% de chlore actif. Si la bouteille indique 1,5CA, on ajustera la quantité d'eau en conséquence.
Pour les taches rebelles, on pourra aller jusqu'à une solution chlorée à 2%, mais pas plus.
Pour les taches très prononcées, on peut les traiter au préalable avec une solution concentrée (max. 2%) à l'aide de cotons-tiges avant de faire le traitement normal au bain chloré.

          b) Neutralisation
Après un court rinçage, on neutralise le chlore dans un bain de métabisulfite de sodium (Na2S2O5) à raison de1g de poudre pour 100 cm3 d'eau, pendant un temps allant de 20mn à 1/2h., cela pour un traitement initial au chlore à 0,5%. Pour un traitement au chlore plus concentré, on ajustera le bain de neutralisation en conséquence.

           c) Rinçage. Tremper la feuille dans l'eau tiède (pas plus de 60°), pendant 24h environ. Si l'on ne peut utiliser un filet d'eau courante, changer l'eau de temps en temps.

          d) Séchage. Le papier mouillé est très fragile; pour le sortir, on peut glisser dessous une feuille d'intissé, puis on met à sécher sur un buvard (v. "Le géant des beaux arts), ou sur une serviette éponge.

Remarques. A la place du chlore, la chloramine a été abandonnée pour son effet destructeur du papier. Un autre procédé à base de permanganate de potassium neutralisé ensuite au métabisulfite (notre bon vieux "corrector") s'avère difficile à contrôler (passage par le violet !, temps de bain ?)


     2.3. Autres traitements

Les taches de rouille s'enlèvent à la rubigine du commerce ou l'acide oxalique, au coton-tige. L'acide oxalique peut être destructeur à forte concentration. Rincer fortement.
Pour les taches rebelles, essayer l'acétone, l'alcool  à 90°, l'ammoniaque, séparément ou mélangés à valeurs égales. Rincer abondamment.
Le borax, un temps préconisé comme désacidifiant, a été abandonné.


II. Opérations particulières

     1.  Réparation des déchirures 

On copie la forme de la déchirure sur un calque que l'on pose ensuite sur un papier Japon. On suit le contour du papier Japon avec un pinceau fin trempé dans l'eau, à courte distance du tracé, ce qui libère une bande étroite de papier Japon. On colle cette bande à cheval sur la déchirure à l'aide d'une colle neutre et réversible, par ex. la colle RH8 (Relma), la colle d'amidon, de blé ou de riz. (V. par ex. "Les Frères Tang", Paris 13ème), la thylose ou mieux la colle Klucel G à dilution au moins 40g/l. Cette dernière, à base d'alcool, ne détrempe pas le papier et évide de gondoler, mais elle sèche vite et son pouvoir adhésif est plus faible. Elle ne convient guère que pour des déchirures.  On peut aussi utiliser la colle à papiers peints pour papiers normaux Perfax (mais pas les versions pour papiers.épais ou plastiques). Bon marché, cette colle est neutre (Ph= 7) et réversible
Faire sécher ensuite sur une plaque entre 2 intissés pris entre des buvards, au moins 2 jours.

     2. Doublage des documents

Le doublage est réservé aux documents ne comportant pas de texte au verso.
Sur une plaque de verre, on dispose un intissé sur lequel on pose la gravure, face en dessous, puis à l'aide d'un pinceau très large, on encolle le dessus avec une colle réversible en s'arrêtant à 1 cm des bords env. afin de ne pas tacher la gravure. Sur une autre plaque de verre, on pose un Japon, côté mat vers le haut, que l'on encolle en débordant, et en résorbant les plis. Enfin on soulève l'intissé portant la gravure que l'on pose délicatement sur le Japon. La pose peut se faire à la verticale, à la manière de pose du papier peint. Enfin on résorbe les bulles en posant un intissé sur l'ensemble puis en passant un rouleau de caoutchouc de 15 à 20cm, du centre vers les bords.  On pourra voir sous incidence rasante si les cloques sont résorbées. Enfin on collera soigneusement sur tout le pourtour un papier Kraft gommé à cheval sur verre et Japon.

     3. Comblage des lacunes

On utilise un papier de texture et couleur assorties au document. Le document étant encore sur la plaque de verre, maintenant sec, on décalque le contour de la déchirure puis on reporte le dessin sur le papier par petits points à l'aide d'une aiguille. On peut ainsi déchirer la "rustine" - surtout pas aux ciseaux, les franges de la déchirure donnent un meilleur aspect à l'assemblage- et la coller en place sur le Japon de doublage. On harmonisera ensuite la couleur , plus facilement à sec.

      4. Mise à plat

Pour éviter d'introduire trop d'humidité, on vaporise recto-verso sur la gravure de l'alcool à 60°, puis on la place entre 2 intissés et des buvards.. Eviter l'alcool à brûler qui contient des produits mal connus. "Le Géant des Beaux-Arts" propose un alccol à 60° qui convient. F.V. propose de laisser simplement les feuilles finir leur séchage entre des buvards.

      5. Retouches

Si le papier ressort trop blanc à la suite d'un traitement chloré, on pourra lui redonner un aspect écru en le trempant dans du thé ou mieux une décoction de chicorée; mais attention au nuançage.

Les taches blanches consécutives aux nettoyages (champignons) se retouchent au crayon de couleur que l'on travaille à l'estompe.

Pour les aquarelles et dessins, avant tout traitement au bain, faire un essai au chlore avec un coton-tige.. Si la couleur disparaît, ce n'est pas une aquarelle. Pour les corrections finales, aquarelle et mine de plomb résistent au temps, contrairement à gouaches et acryliques.
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Les réparations de déchirures sont masquées au pinceau millimétrique, par pointillés ("Windsor et Newton England, série 7-10000). On peut satiner ensuite la retouche à la gomme arabique. 

Les chiures de mouche se retirent au scalpel. On termine par des retouches au crayon.

Les traces de scotch peuvent être légèrement poncées. On termine par des retouches.

III. Fournitures

Papier Japon, couleurs: Sennelier, 3, quai Voltaire, Paris 7ème
Colles: Relma: 3, rue des Poitevins, Paris 6ème
            Atlantis. 1, Av. Louison Bobet, Fontenay sous bois
            Boesner: 46, rue du chemin vert, Paris 11ème
            Le Géant des Beaux-Arts: 166, rue de la Roquette, Paris 11ème et 5, rue Vergniaud, Paris 13ème
Intissé: Dreyfus, marché Saint-Pierre, 2, rue Charles Nodier, Paris 18ème
Buvards: Le Géant des Beaux-Arts, id.
Gomme en poudre: Atlantis, id., Sennelier, id.





 

samedi 2 mai 2015

Tutoriel de reliure simplifiée (ex: livre de poche)

Cet article présente une méthode classiquement enseignée au titre d'initiation à la reliure.
Elle s'applique exclusivement à des ouvrages "non cousus" (type livre de poche) ou construits à partir de feuilles indépendantes (type mémoires ou thèses).
Le cheminement qui sera présenté ci-après est essentiellement inspiré du document didactique distribué par Jacqueline Brémond aux débutants, laquelle enseigne cette méthode depuis de nombreuses années dans notre atelier.

J'ai titré "reliure simplifiée" pour bien signifier que cette méthode, parce qu'elle laisse de côté nombre de ces petits gestes qui font "la belle reliure", permet cependant d'obtenir en très peu de temps un résultat tout à fait satisfaisant. Le débutant réalisera ainsi un ouvrage en l'espace d'une journée, tandis que la personne avertie y  parviendra en quelques heures.
Cependant, il me paraît important de dire que cette technique ne saurait être considérée comme "de la mauvaise reliure". En effet, dans le cas d'ouvrages "non cousus", il se trouve que c'est presque la seule méthode utilisable, (à l'exception d'une méthode nettement plus délicate qui consiste à assembler des cahiers à la machine à coudre). Par ailleurs, elle n'exclut pas certains raffinements qui pourraient finalement la rapprocher de la reliure classique. Seule la technique de base sera présentée ici.

Vocabulaire

Le texte utilisera le vocabulaire classique de la reliure. Il est bon de le rappeler ici à travers les 2 schémas (a) et (b) ci-après.
1. L'ouvrage à relier




Les photos 1 et 2 montrent un livre de poche standard, d'aspect passablement vieilli, mais complet.

Le premier plat et la couverture se détachent, quelques pages menacent de se s'échapper... l'occasion d'un sauvetage d'urgence !





2. Nettoyage du dos

Le corps d'ouvrage étant détaché de la couverture (ph. 3), on ponce le dos du corps d'ouvrage (ph. 4), puis le revers du dos en couverture (ph. 5 et 6), de façon à obtenir des surfaces à peu près lisses.




3. Pseudo-couture

A l'aide d'une scie, on réalise au dos d'ouvrage une série de fentes croisées (ph. 7 et 8) d'environ 2mm de profondeur. On veillera à ce que le trait de scie atteigne toutes les pages.
On garnit ensuite le dos, et surtout les fentes ainsi ménagées, de colle flexible (ph. 9 et 10), la colle devant pénétrer les fentes jusqu'au fond.
Enfin on aura prévu un nombre suffisant de brins de fil de section moyenne, de longueur un peu supérieure aux fentes (ph. 11), que l'on insèrera à fond dans les ces dernières (à l'aide d'un petit plioir par exemple).
4. Pose d'une mousseline

On découpe une bande de mousseline de dimensions un peu supérieures au dos (ph. 13, v. note 1 en fin d'article). On encolle grassement le dos (ph. 14), sur lequel on applique ensuite la mousseline que l'on noie fermement dans la colle en la travaillant au plioir (ph. 15). On termine par une nouvelle application de colle (ph. 16).

Personnellement, je préconise de coller par dessus une bande de papier Kraft, de la dimension du dos (ph. 17 et 18), qui donne une meilleure surface pour l'assemblage final avec la couverture.



5. Pose de pages de garde

Les fils de couture sont maintenant coupés à ras (ph. 19),  de même que la mousseline (v. note 2 en fin d'article).
Par ailleurs, couper 2 double pages d'un papier blanc cassé, si possible de teinte accordée avec les pages du livre, de dimensions pliées très légèrement supérieures aux dimensions du livre (ph. 20). Ce sont les pages de garde.

A l'aide d'une macule délimiter une mince bande sur l'ouvrage le long du dos, de 3mm environ (visible en sombre sur la ph. 21). Encoller cette bande sans excès puis coller une des double pages sur cette bande. (ph.22). Faire de même de l'autre côté du livre (ph. 23).

6. Confection d'un soufflet

Couper une bande de carte bulle, épaisseur 4/10, de la dimension du dos (ph. 25) et une bande de papier Kraft de même longueur, et de largeur 3 fois la largeur du dos (ph. 24). Plier le papier Kraft en U symétriquement de façon à pouvoir y loger exactement la carte (ph. 26). Encoller le fond du U et y coller la carte (ph. 27). Refermer le U en collant les 2 ailes de Kraft l'une sur l'autre. On forme ainsi une espèce de tube (ph. 28).
Aux extrémités de ce tube, dégager le côté papier sur 15mm environ (ph. 29).

7. Montage de la couverture

On appellera "h" la hauteur du livre, " L" sa largeur, "d" l'épaisseur du dos.
Couper 2 cartons forts d'épaisseur "e" assortie au livre (13/10 pour un livre de poche), de largeur L + 3mm, de hauteur h + 6mm (ph. 30). Couper dans une toile de la couleur choisie un rectangle dont les côtés sont h+4cm en hauteur et 2L+d+2e+4cm en largeur (ph. 31).
Dessiner sur le revers de la toile la place du dos centré, et des 2 cartons de part et d'autre, séparés du dos par l'intervalle "e" (épaisseur des cartons) (ph. 32). Coller les cartons à leur place sur ce schéma et de même le soufflet, côté carte, au centre (ph. 33).





8. Assemblage de l'ouvrage

On encolle maintenant le soufflet sur sa partie Kraft seulement (ph. 34), puis on présente l'ouvrage bien perpendiculairement et bien centré sur cette zone (ph. 35). En refermant l'ouvrage, on dispose d'un délai très court pour rectifier définitivement la position du corps d'ouvrage, vérifier l'égalité des chasses, le centrage du livre...

9. Préparation du collage des remplis

On coupe les angles de la toile à 45° en ménageant une distance un peu supérieure à "e" par rapport au coin du carton (ph. 36). Puis on recoupe la toile aux coiffes de façon à ne lui laisser qu'un débord de 1cm (ph.  37).


10. Collage des remplis

On recoupe la toile sur le pourtour de façon à régulariser la largeur des remplis (ph. 38). Puis on positionne le livre debout tête en bas ouvert de façon à pouvoir travailler d'abord sur le côté "queue" (v. note 3 en fin d'article). On vérifie au plioir que l'on dispose au niveau des coiffes d'un passage suffisant pour la toile entre le soufflet et l'ouvrage, cela de chaque côté de la coiffe (ph. 39).
La phase de collage qui suit doit être effectuée avec une certaine rapidité. On encolle le rempli de queue (ph. 40)  puis on le rabat sur le carton en veillant particulièrement à bien l'ajuster sur le bord. Puis on rentre la toile de coiffe derrière le soufflet en veillant à bien disposer la toile aux sorties de la coiffe (ph. 41).
On fait de même pour le rempli et la coiffe de tête.

Au niveau des coins, on "pince" un côté de la toile de façon à la replier sur l'angle du carton (ph. 42); on achève le collage des remplis tête et queue puis on encolle les remplis latéraux du livre que l'on rabat comme précédemment (ph. 43).


11. Accrochage latéral de la mousseline

Cette étape n'est utile que dans les cas qui relèvent de la note 1 (v.  fin d'article).
Le livre étant ouvert présentant le revers du 2ème plat, on encolle le carton sur une bande suffisante pour accrocher la mousseline qui déborde du dos (ph. 44), puis on rabat la mousseline sur cette colle. Personnellement, de façon à pouvoir continuer le travail sans attendre le séchage, je dispose une bande de papier Kraft sur la mousseline (ph. 45), puis je recoupe l'ensemble au scalpel (ph. 46). Je termine par un petit ponçage de la jonction. Je fais de même pour le premier plat.


12. Coupe des gardes couleurs

Le livre étant ouvert à plat, on mesure la hauteur totale du livre + 1cm, et la largeur de l'ensemble ouvert + 1cm. On coupe 2 rectangles du papier de garde couleur choisi suivant ces dimensions, la hauteur étant celle du décor (ph. 47).
Personnellement, j'opère la recoupe de la garde couleur à coller (la moitié de la feuille) en 2 temps. Je commence par une première recoupe à la dimension du plat. Pour cela, je replie le papier sur le bord du livre (ph. 48) de façon à le marquer. La marque est mieux visible au revers (ph. 49), ce qui me permet de recouper la page, pour l'instant à dimension du plat (ph. 50). Puis ayant repéré la plus grande chasse à laquelle j'ajoute 1mm, je repère tout autour du plat, à l'aide du compas (ph. 51), la recoupe à faire pour dégager les chasses. Les repères sont mieux visibles au revers (ph. 52), et me permettent de recouper la garde collée à sa dimension finale (ph. 53).
On fait de même pour l'autre garde couleur.


13. Collage des gardes couleurs au revers des plats

L'opération devant être enchaînée assez rapidement, on doit préparer son matériel à disposition aisée, (ph. 54), c'est à dire: l'ouvrage, la page de garde, la colle, le pinceau, une cale de blocage (ici un vieux fer à repasser), un poids, un chiffon, un plioir, deux macules.
L'ouvrage étant ouvert sur son 2ème plat (v. note 3), à l'aide d'une macule et d'un poids, on délimite une zone libre de 5mm env. sur l'ouvrage, le long du mors (ph. 55). En travaillant sur une autre macule, on encolle la partie à coller de la garde (ph.56). Puis on encolle livre et plat le long du mors (ph. 57). On enlève la macule et l'on pose la garde à coller sur le plat dont on "maroufle" la surface au chiffon, à partir du centre (ph. 58). Enfin l'ouvrage étant maintenu ouvert à 60 degrés par la cale, on assure le collage du mors à fond en le poussant à l'aide du plioir utilisé seulement dans sa longueur (ph. 59). Il est important que l'ouvrage ne quitte pas cette position ouverte à 60 degrés pendant le séchage, soit une dizaine de minutes (colle flexible).
On répète l'opération pour la page de garde du 1er plat.


14. Collage des gardes couleurs sur les gardes blanches

On dispose une macule derrière la 1ère garde blanche puis on encolle celle-ci (ph. 60). On retire la macule et l'on rabat la garde couleur volante sur la garde blanche (ph. 61).
On fait de même pour l'autre plat, puis, sans attendre, on serre l'ouvrage dans un étau une dizaine de minutes (ph. 62).
Le collage doit ressortir parfait, sans bulles ni plis.




15. Recoupe des gardes couleurs

En commençant par la 2ème garde-couleur (v. note 3), à l'aide d'un crayon à mine fine, l'ouvrage étant à peine entre-ouvert, on matérialise le contour du corps d'ouvrage sur le dos de la garde (ph. 63). Puis au scalpel en intercalant un zinc,on recoupe à la règle la garde suivant cette ligne, exactement en dedans du trait (ph. 64). On termine la coupe au ciseau au niveau des mors (ph. 65).
On fait de même pour la 1ère garde couleur.




16. Pose des éléments de décor

La couverture d'origine est débitée en 3 pièces:  ses 2 plats et le dos (ph. 66). De ces éléments, on extrait suivant son goût les parties que l'on souhaite voir figurer sur l'ouvrage. (ph. 67).
Ces parties sont collées en bonne place sur la toile de couverture (ph. 68).






Les photos 68 et 69 matérialisent le résultat de notre travail.

Note 1. Pour certains ouvrages, par exemple des ouvrages épais ou lourds, on devra augmenter la mousseline en largeur afin de pouvoir l'accrocher sur les revers des plats (cf.§ 11 ). Pour cela on aura pris soin de couper la bande de la photo 13 en conséquence, soit d'une largeur égale à celle du dos augmentée de 4cm environ.
Cette précaution n'est pas nécessaire pour un ouvrage léger, un livre de poche, par exemple. Elle a cependant été appliquée ici pour illustration.

Note 2. Bien entendu, on ne recoupera pas la mousseline si l'on est dans le cas de la note 1. 

Note 3. Ce doit être une règle générale de travail: toute opération portant sur "tête" et "queue" doit de préférence être abordée côté "queue"; de même toute opération portant sur 1er plat et 2ème plat doit être abordée de préférence par le 2ème plat. Cette précaution autorise éventuellement de petites erreurs que l'on ne répètera pas dans la partie la plus visible.