mercredi 5 février 2025

Une petite boite pour un petit livre



 L'origine de ce travail tient à un besoin exprimé par une collègue d'atelier. Celle-ci possédait un petit livre auquel elle tenait beaucoup en tant que souvenir familial.


Son format de seulement 92x142x13 (en mm) interdit de la placer dans une bibliothèque où il disparaitrait entre les autres volumes. D'où l'idée de le contenir dans une boite en forme de livre, qui lui donnera une présence suffisante dans les rayonnages. 

Il existe des modèles de boite-livre dans la littérature, mais qui nous ont paru d'une construction trop lourde pour un ouvrage aussi léger. Je me suis donc proposé de réaliser un modèle personnel, réunissant les conditions suivantes:


La boite doit avoir l'aspect d'un livre relié standard, avec des chasses et dos arrondi. 

L'habillage pourra être de cuir ou de toile, l'intérieur étant garni d'un papier velouté.

Le livre disposé à l'intérieur aura une tolérance de position de 5mm sur tout le pourtour, et de 3mm en épaisseur.  

Le modèle qui est développée ci-dessous a été réalisée dans un carton mince d'épaisseur 2mm (en fait un carton de calendrier commercial). Ce choix est intéressant pour un livre de cette taille qui justifie d'une boite assez légère.

Les plans ci-dessous sont côtés pour le livre avec les dimensions 92x142x13. On pourra facilement adapter ces dimensions à un livre quelconque à partir des schémas ci-dessous.


Ci-dessus, la boite est représentée en développée vue de dessus. On trouve en quelque sorte deux boites incomplètes ( en bleu et gris) qui, après repliement, viennent s'emboiter l'une dans l'autre. Elles sont posées sur les deux plaques (en vert), elles mêmes complètement collées sur une cartonnette de 3/10, que l'on aperçoit en orange entre les deux plaques.

L'épaisseur globale de la boite sera égale à la hauteur des traverses (ici: 18mm) augmentée des 2 épaisseurs de carton (soit ici 2x2mm, soit au total 22mm)

Note importante: Pour une bonne courbure du dos,: la zone courbée (orange) qui formera le dos sera égale à 1,5 fois cette hauteur totale (soit ici 33mm). On peut moduler légèrement cette distance suivant que l'on souhaite un dos plus ou moins arrondi.
 


La coupe ci-dessus suppose que la boite de droite a été rabattue sur celle de gauche. Les deux boites viennent s'emboiter, la partie centrale de cartonnette se courbe et forme l'arrondi du dos (orange).

Les schémas suivants donnent les étapes de la construction.


Ci-contre les deux plats en carton, que l'on nommera "base" (bleu fonçé) et "couvercle"(bleu clair), ont été préparés ainsi que la cartonnette qui les supporte entièrement, dont on aperçoit la partie centrale "dos" (orange), conformément au plan I. Cependant la cartonnette est coupée légèrement plus grande (2 à 4mm) que l'ensemble de façon à déborder sur les bords des cartons. Pour l'instant, seule la "base" est collée sur la cartonnette mais non le couvercle.

Ci-contre à droite le "couvercle" a été collé sur la cartonnette sauf sur une bande de 10mm (bleu clair) que l'on appellera "planchette". Il suffit pour cela d'encoller la zone de contact sur la cartonnette puis protéger la zone "planchette" par une bande de papier avant d'appliquer le plat.

 

Préparer un V dans une bande de carton de la hauteur des cloisons (ici 18mm), dont les ailes sont de longueur env. 2/3 de la largeur des plats (ici env. 80mm). Les bouts du V (en B) seront rapés sur un abrasif  de façon à leur donner un angle d'env. 45° vers l'intérieur.  

 

 De même, préparer la traverse (plan I), en n'oubliant pas de l'échancrer aux deux bouts haut et bas sur 12mm x 2mm.

Toutes les pièces sont rassemblées sur le schéma ci-contre. La traverse est collée debout sur la "base"; au bord et centrée, le V est collé sur la base et collé à la traverse de façon à la maintenir verticale. Il est important que le V et la traverse se positionnent au même niveau de hauteur (ajuster si nécessaire). On coupe le "couvercle" suivant le trait AA (ci-dessus).






La "planchette" non collée se détache ainsi que la partie restante du couvercle, comme l'illustre le schéma ci-contre. 






Le schéma ci-dessus indique que la cartonnette a été arasée sur tout les bords au ras des cartons.



Sur le schéma ci-contre, on voit que l'on a collé la planchette sur le traverse et sur le V, centrée.

 



 

 Le schéma ci-dessus montre la bande de cartonnette "dos" (v. plan I) venant s'enrouler et se coller exactement de façon à couvrir la planchette.

On peut alors placer le "couvercle" en le collant sur le V, jointif  (mais non collé) à la planchette. On veillera dans cette opération à assurer l'équerrage de l'ensemble sur 3 côtés, quitte à jouer très légèrement sur la fente AA entre ces deux pièces (qui sera la charnière du couvercle).



On pose alors sur l'ensemble le matériau de couverture (en vert), débordant d'au moins 15mm.

 


On ouvre le couvercle en arrachant le collage qui le tient au V, ce qui permet de le faire pivoter le long de la charnière AA. On peut conseiller à ce moment de contre coller le couvercle (colle de pâte) d'un kraft afin d'en corriger une cambrure éventuelle (non représenté sur les figures). On peut faire de même pour la base à condition d'arracher le V, mais il est souhaitable de le remettre en place ensuite, au moins par un collage léger.



Ci-dessus, la couverture a été recoupée suffisamment au niveau des coiffes pour pouvoir rentrer dans les échancrures de la traverse, puis rempliée sur tout le pourtour, les coins étant finalisés comme en reliure.


 Sur le schéma ci-contre l'ensemble précédent apparait renversé. On a disposé un bloc formé de quelques cartons superposés (au moins 8mm d'épaisseur au total) dont les dimensions sont exactement l'intérieur du "couvercle" (plan I). On colle ce bloc par l'intermédiaire d'une feuille de papier collée sur le plat en 4 points, et au dos du bloc, de façon à pouvoir l'arracher ultérieurement sans trop de dégâts.

 

 

 

On prépare les flancs de la boite couvercle aux dimensions du plan I. Il est préférable de les reprofiler d'un arrondi partiel, comme sur le schéma.



Sur le schéma de gauche, on a collé ces flancs au dos du couvercle, en les serrant (sans les y coller) contre le bloc. Puis on a complété la boite par la cloison BB qui les rejoint. Pour un meilleur réglage des angles, il est préférable d'araser les cartons à 45° intérieur (sur un abrasif) à leurs jonctions en B. On peut mieux assurer la forme des coins en collant un kraft (non représenté sur la figure) à cheval sur les angles. Les carrés jaunes représentés sont de petites cales en cartonnette de 6/10 pour réserver un espace avec la boite extérieure.

Ayant "arraché" le bloc de calage, on referme la boite en collant  à nouveau, mais légèrement le couvercle sur le V. On prépare maintenant les flancs de la boite extérieure "base", en les coupant volontairement trop longs. Les arrondis au fond sont ajustés par des essais sans collage. Il est conseillé à ce stade d'habiller de son papier définitif  l'extrémité arrondie arrondie (ici en rouge), jusqu'à la charnière, car il sera difficile de le faire après.


 Ci-contre on a recoupé ces flancs suivant le plan I et on les a collés sur la base en les appuyant sur la boite "base" .Puis on a collé le 3ème côté de la boite "couvercle", avec les mêmes précautions aux angles que pour la boite intérieure.

 

On rouvre la boite en décollant le couvercle du V, et l'on arrache le V de la base. On peut alors habiller tous les flancs d'un papier choisi. 

 

 

 

 

 

 

Afin de renforcer la charnière du couvercle, qui pour l'instant n'est assurée que par la couvrure, on colle au fond, à cheval sur le plat et la bande de 10mm. une bande de mousseline (ici en marron), que l'on poussera dans l'espace intérieur de la charnière, couvercle ouvert à env 60°. .Laisser sécher dans cette position.

 

 

Enfin on pourra habiller l'intérieur d'un papier velours, en 2 étapes. D'abord le fond en incluant la traverse; ensuite le couvercle intérieure 'en recouvrant partiellement le revers de la planchette, la boite étant ouverte à 60° environ.

 

 

 Les photos ci-dessous montrent le modèle qui a été réalisé (à gauche), puis à droite le coffret contenant le livre auquel il est destiné




 



Note: le modèle ci-dessus ne convient pas si l'on souhaite former un dos avec nerfs, car le dos n'a pas la robustesse pour supporter la pression de la pince à nerfs. Cet objectif conduirait à une procédure notablement différente.

samedi 26 octobre 2024

Un livre au concours...

 

 ...mais pas primé.

Cet article relate ma participation à la Biennale Internationale de Reliure de Saint-Rémy-les-Chevreuse 2024. Ce concours met en compétition des relieurs, chevronnés ou amateurs, de nombreux pays (24 pays cette année), sur la base d'un ouvrage fourni aux candidats par l'organisateur. Cette année, c'était l'ouvrage célèbre de Saint-Exupéry : "Vol de nuit" , qui était l'objet de l'épreuve.

Disons le tout de suite: je n'ai pas été primé, et d'ailleurs je ne l'espérais guère eu égard à quelques problèmes mal maîtrisés lors de l'emboîtage de la couverture. Tant pis, ça n'a pas d'importance, je me suis fait plaisir, et surtout j'ai beaucoup appris des multiples innovations techniques que j'ai tentées.

Pour la couvrure, j'ai choisi une thématique de montagnes enneigées sur fond de ciel orageux. 

La base de la couvrure est un cuir ciré blanc couvrant toute la surface. 

En partie basse, des formes de rochers de cuirs gris/noirs sont collées sur cette base blanche.  Dans les deux cas, une pression arrière fait ressortir la neige autour des rochers,  (technique originale que j'ai déjà appelée "sertissage arrière" ou "aurélienne"; voir les articles antérieurs à ce sujet). 

Toutes les découpes sont réalisés par découpe Laser. Ci-dessous le dessin réalisé sur le logiciel Inkscape ayant généré toutes les découpes.

Pour chaque rocher, ce procédé permet la découpe des pièces de cuir: gris clair, foncé, noir; parfaitement emboitables. Un autre avantage est qu'il permet d'obtenir dans une cartonette la "contre découpe" des rochers, c'est à dire la surface correspondant à la neige, que j'ai collée sur l'autre face pour augmenter l'effet de relief, avant d'appliquer la pression arrière.

Pour les éclairs, une couche de cuir supplémentaire marron foncée (la nuit), traversée de fentes formant les éclairs découpées au Laser, est collée en partie haute sur le cuir blanc. Le principe est le même que précédemment: pousser le cuir blanc par l'arrière de façon à le faire ressortir dans les fentes.

  Sur le premier plat, 'un macaron vert serti dans une bague précise l'identification  complète de l'ouvrage, titre et auteur, en lettres dorées à l'oeser. 

La difficulté principale réside dans l'écriture du nom de l'auteur suivant un trajet circulaire. Pour cela des "fenêtres" pour chaque lettre sont découpées au Laser dans un carton, suivant le chemin circulaire voulu. 

 La préparation des "fenêtres" est aisée grâce au logiciel de dessin (v. ci-contre).

De ce fait, la lettre dans le composteur vient se positionner très précisément à la place et l'orientation voulues

Le titrage au dos est traité suivant  la même technique que sur les plats, par "sertissage arrière"..

 Les garde-couleurs sont des peintures sur Canson schématisant des montagnes dans la nuit.

Les tranchefiles sont faites d'une chaînette dorée cousue sur un ruban.

dimanche 25 décembre 2022

Les décors à "fenêtres"

 La création de "fenêtres" pour le décor d'un livre est une pratique intéressante et souvent assez spectaculaire. Par "fenêtre", j'entends par là une découpe dans la couvrure laissant apparaître une composition (peinture, msoaïque...), exprimant le vrai thème de l'ouvrage.

Paris sera toujours Paris

 La réalisation qui suit n'est pas à proprement parler une reliure, mais une jaquette destinée à habiller un livre neuf. Pourquoi une jaquette ? Précisément pour ne pas abimer si peut que ce soit un ouvrage d'une certaine qualité, qui, en état neuf, mérite d'être conservé comme tel.

 "Paris 1860" est un ouvrage broché moderne qui rassemble 18 poèmes de Baudelaire, extraits des "Fleurs du mal", évoquant  (plus ou moins) Paris, la ville, ses humeurs..., illustrés par des reproductions de 19 eaux-fortes de Meryon, reprises du "Notre Dame de Paris" de Victor Hugo.

J'ai choisi cet ouvrage en vue d'un petit exercice de style, qui par ailleurs comportait pas mal de difficultés techniques.


La jaquette est constituée d'une cartonnette essentiellement revêtue d'une peau noire lisse. Elle peut être dépliée intégralement pour libérer l'ouvrage.

 


A l'intérieur d'un cadre circulaire en relief, la peau est évidée de façon à laisser apparaître, à travers un motif en forme de ferronnerie (en fait du cuir noir sur forme de carton ouvragée), des motifs colorés évoquant, en partie haute, des vitraux (référence aux vitraux de Notre-Dame de Paris), et en partie basse, une peinture acrylique présentant quelques monuments de Paris. Le centre est occupé par une évocation de la Seine avec la Cité et l'Ile Saint Louis, et un médaillon emblématique de la ville ("fluctuat nec mergitur").

Le dos est traité dans une peau vermillon et porte le titre et les auteurs.

Les rabats de la jaquette sont habillés d'un papier à la cuve traditionnel, et sont tels que, repliés, ils referment entièrement les contre plats, comme un véritable livre.


 

 

Le devisement du monde (Marco Polo)

Le livre de Marco Polo, autrement connu sous le titre: le devisement du monde" relate les voyages que l'auteur, emprisonné à Gênes, dicta dans sa cellule à son codétenu Rusticello. L'ouvrage m'a donné une autre opportunité de créer un décor à "fenêtre" (qui en l'occurence est une porte), ouvrant sur un tableau réalisé à la peinture acrylique sur papier.

Sur fond de basane marron, le décor représente une porte ottomane (cuir ocre), s'ouvrant sur une peinture représentant les trois Polo (Père fils et oncle) quittant Venise à cheval, en vue d'atteindre la Chine. Le deuxième plat porte une petite incrustation en étoile ouvrant sur la peinture d'une pagode.. La simulation d'un carrelage de faïence bleue est réalisée par à l'aide de caractères et d'une palette appropriés, appliqués à chaud sur rubans or et gris. 


Les gardes-couleur sont constitués d'un papier à motif de brocart, pour renforcer l'aspect "vénitien" de l'ouvrage.


Des fenêtres", mais aussi des portes

De la fenêtre puis à la porte ouverte, il n'y a plus qu'un pas jusqu'à la porte... fermée (c'est un peu tiré par les cheveux, j'en conviens), mais je ne peux pas rater l'occasion.

L'ouvrage ci-contre:  "La fermeture", d'Alphonse Boudard, est en fait une critique en règle de la loi de 1946 dite "Loi Marthe Richard", qui décréta la fermeture des "maisons closes", alors florissantes dans l'hexagone.

Ce titre m'a inspiré pour un habillage basé sur l'image d'une porte close.

 

La reliure (photos ci-dessus) se présente ainsi sous l'aspect d'un immeuble "haussmanien", dont la porte principale est condamnée par une chaîne. La toile grège qui recouvre l'ensemble de l'ouvrage simule une façade simplement crépie, sur laquelle se détache la porte qui en est l'élément principal.
La porte et son entourage sont "sculptés" dans un empilage de cartons recouverts, pour la porte, d'un cuir carmin lisse simulant un bois peint, pour l'entourage, d'une feuille de plastique simulant un marbre. Le modelage précis des éléments est obtenu par pression sous émalène.


Les photos ci-contre précisent quelques détails du décor (cliquer dessus pour agrandir). Les titres sur le plat et au dos sont traités dans le style de plaques de rue, par dorure au ruban blanc sur fond de cuir bleu. La chaîne de fermeture est prélevée dans un simple cordon doré.

Un détail particulier concernant cet ouvrage, non visible sur les photos, réside dans la construction de la reliure, le livre étant initialement un livre broché, donc non cousu.

Le principe de construction, résumé par le croquis ci-dessus, a été plus amplement développé dans ce blog à la date du 15 Avril 2020, sous le titre "Relier des livres brochés, d'autres "méthodes". Je rappellerai qu'une autre méthode alternative, moins laborieuse, a été proposée le 27 Février 2018 sous le titre "Des livres brochés, aux dos arrondis".

mardi 20 décembre 2022

Un livre double...par nécessité !

J'ai déjà évoqué dans ce blog le sujet du "livre double", suite à des discussions que j'ai eues avec Bruno, un correspondant lecteur de ce blog, qui en avait réalisé un (v. article du 13 Novembre 2021) . J'ai appris depuis que ce type de livre était connu sous le nom de "livres siamois".                            

De mon côté, l'opportunité d'en réaliser un m'est venue lorsque j'ai dû à dépanner un collègue, Philippe, dont le livre, réparé de tant d'onglets, se présentait avec un dos 2 fois plus épais que le livre lui-même. Je lui ai proposé à ce moment 2 solutions, celle du livre-boite, et celle du livre-double.        L'idée du livre-boite n'a pas été retenue, mais n'a pas été perdue cependant, comme le prouve mon article du 7 Mai 2022. Mais c'est finalement la solution du livre double que Philippe a préférée, et pour laquelle j'ai joué le rôle de conseiller. C'est le résultat de cette opération qui est présenté ci-après.     

Le livre présenté ci-contre étant écrit en bulgare, je m'avoue incapable d'en lire le titre; selon les dires de Philippe, il s'agirait d'une "Vie des Saints", écrite dans un parler bulgare apparenté au "vieux slave"

Pourquoi faire deux livres de cet ouvrage unique ?   Comme il été dit plus haut, après de nombreuses réparations, le dos se présentait comme 2 fois plus épais que le livre. D'où l'idée de le scinder en deux et d'associer les deux moitiés "dos à dos", de façon que les épaisseurs  excédentaires  se compensent. 

 

 

 

Les photos ci-après de l'ensemble fini, vues côté tête, permettent de comprendre la nature du problème, et la solution qui a été retenue. En additionnant par la pensée les longueurs d'arc des dos visibles sur la photo de gauche, à comparer avec l'addition des épaisseurs des deux parties, on comprendra aisément la  problématique initiale.

Ici, la solution, entreprise par Philippe avec mon aide, a suivi les mêmes principes que dans l'article du 13/11/2021, qui se résument à la construction classique de deux livres, sauf que les 2èmes plats de chacun ne font qu'un.

L'ensemble des trois vues ci-dessous montre d"abord, à gauche, la face qui est identique pour les deux parties. En fond la première partie du livre est vue de dos, mais le livre étant partiellement déplié, fait apparaître l'intérieur de la 2ème partie. En médaillon inférieur, la deuxième partie, également vue de dos, laisse apparaitre à  demi-ouvert l'intérieur de la première.

Sur les plats, les motifs byzantins dessinés par Philippe sont réalisés à l'aide de cartonnettes découpées au Laser (cf article du 13/11/2022), logées sous le cuir par pression à l'émalène. Les dorures ont été sous-traitées chez un doreur professionnel. 

En conclusion, il faut en convenir, le résultat souffre un peu défaut structurel initial de l'ouvrage, mais l'objectif de "sauver" la situation paraît à peu près atteint.

dimanche 13 novembre 2022

Premier bilan de la découpe Laser

 Depuis longtemps, je souhaitais pouvoir explorer les usages potentiels de "la découpe Laser" pour certains travaux de reliure, en particulier pour les tâches liées à la "décoration du livre". Cet article rassemble les résultats d'une séquence d'essais techniques sur le sujet, réalisés au "Fablab" de Vigneux-sur-Seine, depuis Avril dernier.

A priori, la découpe Laser permet d'espérer des résultats intéressants, en ce sens qu'elle concerne fondamentalement le travail de surfaces planes, qui seules peuvent trouver leur place sur les plats d'un livre. Notons cependant que cette technique est en concurrence avec une autre technique de découpe (Cricut, Scancut...) utilisant une lame (type lame de scalpel), pilotée par ordinateur, technique que je me réserve d'explorer ultérieurement.

Précisons par ailleurs qu'une machine de découpe Laser peut également permettre une opération de "défonçage", c'est à dire qui ne traverse pas le support et réalise alors une forme en creux, de profondeur constante, dans un support suffisamment épais (ex. carton de reliure). Les photos 2-3 (paragraphe 2) montrent un exemple de "découpe" et 11 (par. 4) un exemple de "défonçage".

Il est clair qu'un atelier de reliure ne saurait disposer d'une telle table de découpe Laser, très encombrante et d'usage restreint. Néanmoins, on trouve de plus en plus ce type d'outil dans ces structures publiques appelées "Fablab", dont la vocation est de diffuser les outils numériques vers les PME, les associations, etc; accessibles aux particuliers pour des tarifs d'inscription modiques.

Précisons d'abord que la découpe Laser est commandée  par des logiciels installés sur des ordinateurs. Cette pratique suppose donc un apprentissage des logiciels, partiellement assuré par les animateurs des "Fablab", mais qui nécessitent quand même une "prise en main" personnelle par le pratiquant. Personnellement, j'ai dû m'investir dans 2 logiciels: "Inkscape" qui est un logiciel performant de dessin 2D, et "Rdworks", plus élémentaire, qui commande l'exécution par la machine. Notons que ces 2 logiciels sont accessibles gratuitement sur Internet. Il est possible qu'en fonction de la machine Laser considérée, ce soient d'autres logiciels qui devront être mis en œuvre.

1. Généralités sur la découpe Laser

Donnons d'abord quelques généralités sur le processus Laser. La découpe laser procède d'un rayon très fin qui "brûle" localement le support. Ce principe peut éliminer certains choix de matériaux, dont la combustion serait potentiellement nuisible sur le plan environnemental. Pour la reliure, carton, cuir, plexiglas sont acceptés. Certains types de plastique pourraient par contre être refusés.

 Le processus a deux effets dont il conviendra de tenir compte; le premier sur le plan géométrique, le deuxième sur le plan de l'aspect.

Sur le plan géométrique, le "brûlage" se traduit par une légère diminution dimensionnelle sur tout le bord de la découpe. L'essai suivant donne cette valeur pour un cas "standard". 

 On découpe une série de 10 rectangles dimensionnés en largeur à 20mm à partir du logiciel. Après réassemblage des rectangles, l'ensemble ne mesure que 196mm (photo 1). La brûlure occasionne donc une perte de  4/10mm par rectangle, soit 2/10mm de chaque côté. A noter que le résultat obtenu est le même si, plutôt que de découper 10 rectangles projetés à 20mm, on découpe une bande de 200mm en 10 parties. La conclusion est que la découpe détruit une largeur de 4/10mm de matériau, soit 2/10 de chaque côté de la coupe.

Sur le plan de l'aspect, la découpe Laser laisse un effet de "brûlé" sur les bords, particulièrement visible pour le cuir. Cet effet est sans conséquence pour une pièce de carton qui serait par la suite "habillée" de cuir. Pour une pièce de cuir décorative, sauf à accepter cet effet comme un effet de style (style "trait de crayon), une idée simple consiste à inverser la pièce de cuir sous le faisceau, et conséquemment inverser le dessin (qui peut être du texte), lors de l'étape de conception en 2D (Inkscape).

Afin d'explorer les possibilités du système pour la reliure, je me suis proposé une série d'objectifs qui, soit sont pénibles, soit carrément impossibles à réaliser à la main. Plus précisément, j'ai considéré les questions suivantes:

- Découpe de titres en carton, à habiller (en général de cuir sous pression à l'émalène)

- Réalisation de titres en cuir, en relief ou incrustés

- Découpe de cuir et/ou cartons de formes complexes

2. Réalisation de titres par découpe de carton

La découpe de lettres dans du carton, même assez épais (ex les cartons des grands calendriers de bureaux; épaisseur 1,5mm env) est directe (ph. 2 et 3). Le texte s'écrit directement, comme sous "word", dans toutes les polices possibles. La hauteur des lettres ne devra guère descendre au dessous de 10mm (ph.3).


Une possibilité consiste à coller les lettres directement sur le plat  du livre et habiller l'ensemble avec du cuir, sous pression à l'émalène (ph.4). Si l'on juge le titre trop peu visible, on peut opérer un certain blanchissement des lettres par un léger ponçage de surface, ce qui augmente leur visibilité.

Une autre possibilité consiste à "habiller" indépendamment chaque lettre d'un cuir fin sous pression à l'émalène. La lettre doit ensuite être découpée au scalpel à sa base, le scalpel légèrement rentrant sous la lettre. Cette opération est relativement délicate, et génère des "accidents" qu'il convient de masquer à la peinture. Ces lettres ainsi préparées peuvent alors être directement collées sur un plat pré-décoré. Sur la photo 5, les lettres ont été insérées dans des décaissements (voir ex. de "décaissement" ph.11) de même forme que la lettre. Dans ce cas, il faut prévoir pour ce décaissement un dessin légèrement "augmenté" par rapport à la police de base (+3/10mm), à l'aide de la fonction "décalage lié" (offset) disponible dans Inkscape, afin de tenir compte de l'épaisseur du cuir. Noter que cette fonction ne réalise pas une homothétie, qui ne convient pas, mais ajoute une bande de largeur constante sur tous les bords extérieurs de la découpe.

2. Réalisation de titres en cuir insérés bord à bord

Un titre peut être découpé directement dans du cuir et inséré dans le décor d'un plat. 

La découpe d'un titre génère en général des lettres séparées (ph.6) qu'il conviendra de redisposer pour reformer le titre. On ne descendra guère au dessous de 8mm de hauteur pour une police donnée.

En réalité, la découpe directe produit des effets de "brûlé" au bord des lettres. Sauf à accepter cet effet comme un effet décoratif (effet dessin au crayon), on s'en débarrasse en attaquant la découpe sur l'envers du cuir, moyennant une inversion du titre (effet miroir) au niveau du projet. La photo 7 montre d'ailleurs l'effet de brûlé" ainsi renvoyé sur l'envers des lettres.

Certaines polices produisent une écriture continue (ph.8) sans rupture entre lettres. Le logiciel permet de disposer cette écriture suivant une courbe arbitraire, ce qui produit des effets d'écriture manuscrite assez convaincants.

Dans la solution bord à bord le cuir de couvrure est évidé par découpe Laser suivant le tracé du titre (ph.9). Les lettres à insérer sont découpées dans un cuir de couleur différente, avec une augmentation (décalage lié) de 2,5/10 sur leur pourtour. Le décalage rattrape l'espace brûlé à la découpe. Les lettres s'enchassent alors très exactement bord à bord dans leurs logements (ph.10).

 3. Réalisation de titres en cuir insérés en creux

La photo 12 présente une utilisation de lettres insérées dans des décaissements appropriés.Un carton est creusé ("décaissement") suivant le tracé du titre moyennant une augmentation du profil des lettres (option "décalage lié") de 3/10 sur leur pourtour (ph.11). L'ensemble est recouvert d'un cuir et pressé à l'émalène (ph.13). Les lettres sont ensuite logées dans les creux (ph.12).

De cette prospective sur la confection de titres par découpe Laser, les solutions 10 puis 12  me paraissent ressortir comme les plus convaincantes.

4. Découpe de formes complexes.

La découpe de formes complexes passe évidemment par une bonne connaissance du logiciel 2D, plus approfondie que pour les titres, qui, eux, sont prédéfinis par le logiciel (polices de caractères. Elle est cependant intéressante pour toutes les situations où une même découpe devra être répétée un certain nombre de fois (cas d'ouvrages en plusieurs volumes, par ex.), et également pour la création de motifs géométriques, le logiciel autorisant toutes les opérations proprement géométriques (droites, cercles, symétries...) avec une précision parfaite.

La photo 15 montre ainsi un carton dans lequel a été prélevé un motif de forme byzantine, lequel a servi à former un relief après recouvrement par un cuir. La forme de découpe externe est reproduite à partir de la forme interne par simple "décalage lié".

La photo 14 montre un cadre devant servir de "médaillon" pour une figurine. Elle est construite à partir de 3 épaisseurs de carton superposées puis poncées. Les parties de l'ovale sont 4 cercles parfaits symétriques par paires. Les 3 cartons superposés sont de largeurs décroissantes par utilisation du "décalage lié" à partir du premier.

Une potentialité particulièrement intéressante concerne la découpe de formes "compliquées". L'exemple suivant a été choisi pour mettre le processus "à l'épreuve" (fig 16), et accessoirement retenu pour le décor d'un livre. Les lobes de l'étoile sont "presque" identiques, sauf leurs bords qui sont de formes volontairement "tarabiscotées". Après découpe, les formes doivent s'assembler parfaitement. Le résultat de l'assemblage apparait assez convaincant.