jeudi 14 mai 2026

Encore un article dans Ar t& Métiers du livre

Réflexion libre sur la reliure "amateur"

 Eh oui, voilà que, pour la deuxième fois (pour la première, voir «Numéro de Mai-Juin 2020; "La reliure des livres brochés...", p. 29-31)  je place un article dans la fameuse revue.

Dans cet article intitulé "La découpe numérique, aide à la création de décor" (Numéro de Mars-Avril 2026, p . 26-29)  j’essaie de démontrer l’avantage de la découpe laser pour la réalisation de décor, à travers un exemple, ici la réalisation d’une « lettrine » telle que celle qui a été relatée sommairement dans ce blog sous le titre "Une lettrine comme décor"

On se rappelle que, dans le cas présent, la découpe laser permettait de placer exactement les pièces de la lettrine, comme dans un puzzle, sans risquer d’endommager le fond « or véritable » de la lettrine. 

Bonne idée, peut-être ; mais de là à figurer dans la revue; Ouaouh ! ça vous gonfle un peu votre ego ! Un petit relieur amateur d’un petit club de banlieue demande à publier dans la revue de référence du livre, ça n’a pas de sens ! Ou alors…

Prenons du recul. Le livre imprimé, mis à mal par l’édition numérique, va mal. La reliure professionnelle, première victime, ne survit guère (et difficilement), que grâce aux besoins d’archivage  des institutions (conseils régionaux, notaires…). Quant à la reliure « amateur », qui eut son heure florissante à travers une foule d’ateliers, aujourd’hui figée dans un carcan de méthodes millénaires gravées dans le marbre, elle s’étiole entre les mains de groupuscules vieillissants.

Alors chez AML on se dit (peut-être) que l’on pourrait vaincre cette morosité par quelque idée nouvelle, quelque brin d’inventivité,  quelque son de cloche dissonant, quelque brin de folie, d’où qu’ils viennent,  par exemple : Pourquoi ne pas donner de la noblesse aux livres d’aujourd’hui, si vilainement « carrés_collés » ? Pourquoi  ne pas profiter des techniques modernes, outils de découpe, transfert d’images, broderie programmée etc.. ? Pourquoi ne pas profiter des matériaux modernes, plexiglass, pâtes synthétiques...? En somme pourquoi ne pas redonner un peu de fraicheur dans cette morosité ?

La peinture, l’architecture…ont su se réinventer en leur temps ; pourquoi pas la reliure ?

Les amateurs aussi ont des idées…alors, réinventons la reliure !

Encore des livres siamois

 Une leçon d''anatomie mixte (2 reliures)

Ce traité d’anatomie artistique en deux volumes : 1 L’homme, 2 La femme, est en fait un cours de dessin à destination des élèves des Beaux-Arts, et a pour but de dégager les formes caractéristiques des deux sexes. On ne s’étonnera pas qu’il soit l’œuvre d’un médecin, Paul Richer, lequel, mieux que personne, connait les structures internes de l’être humain, lesquelles seules permettent d’en comprendre les formes extérieures, et mieux encore la cinématique des mouvements.

Les deux textes ne sont pas indépendants, car en fait la structure de base des deux sexes est la même, et fait essentiellement l’objet du premier volume : l’homme, qu’il faut comprendre au sens de « l’être humain ». Seules les masses musculaires plus apparentes chez l’homme-masculin justifient la spécificité de ce premier tome.  Le second tome s’appuie sur cette structure commune pour la complémenter des volumes charnus ou graisseux plus spécifiques à la femme.

L’ensemble porte uniformément la rigueur scientifique du médecin ; et c’est à l’artiste qu’il appartient de recomposer ces données pour figurer, à son gré, mouvements corporels, expressions du visage, effets de puissance ou de délicatesse des corps… qui constituent l’âme de son projet artistique


Pour rassembler ces deux ouvrages, j'ai choisi l'option du livre double, qui d'un côté ouvre sur le tome 1, "l'homme' et de l'autre sur le tome 2, "la femme". La photo ci-dessus présente  aux deux extrêmes les plats des 2 volumes, entre lesquels sont figurés les deux modes d'ouverture de l'ensemble. On voit que les deux volumes portent en commun leur deuxième plat.

Titres et auteur sont reportés sur les dos dans deux pièces de titre fleurdelisées.

Un tel ouvrage requiert, pour le rangement, un étui adapté. Pour cela,  je reprends mon modèle maintenant habituel d'étui tronqué, toutefois  découpé sur les flancs des mêmes formes homme/femme des premiers plats.

Il va sans dire que les nombreuses découpes coordonnées de l'ensemble sont réalisées à l'aide de l'outil Laser, particulièrement commode pour la réalisation de formes répétitives.

Une "lettrine" comme décor

 

Une lettrine pour "Jeanne de Vixouze"


L'ouvrage présenté dans cet article: "Jeanne de Vixouze",  écrit par Bruno Gontier*, censé se passer au XIVème siècle dans un village reculé d'Auvergne, est l'histoire d'une amitié naissante entre une jeune paysanne et une jeune châtelaine du pays. Mais lorsque cette amitié deviendra amour, dans ce pays rude corseté par les conventions, la vie ne sera alors plus possible ni pour l'une ni pour l'autre...

Pour illustrer cet ouvrage je choisis au premier plat par une "lettrine" inspirée des décors flamboyants des manuscrits médiévaux. Sur un fond de dorure à la feuille d'or, je dispose les éléments de la lettrine, à savoir les lettres J, V qui sont celles du titre, et qui se prolongent par des motifs animaliers ou floraux.

Suivant une technique que j'ai déjà proposée et souvent utilisée sous le nom de "sertissage arrière", technique qui consiste à pousser le cuir de couvrure par l'arrière, la couche avec or est ramenée vers l'avant; les vides ainsi créés étant comblés par un "négatif" des pièces de couleur. 

La lettrine ainsi montée est disposée dans un décaissement de la couvrure, qui est un cuir ciré blanc. La coupe précise des pièces du "puzzle" est assurée par découpe laser, qui autorise une bonne précision.

Le cadre ci-dessus réunit un ensemble de détails de l'ouvrage: un gros plan sur la lettrine de 1er plat, un détail du dos avec auteur et titre, une mini-lettrine en forme de 2 cœurs au second plat, la tranchefile faite à partir d'une chaînette de pacotille, et les garde-couleurs en papier rouge velouté avec charnière.

On trouvera plus de détails techniques pour la réalisation de cette lettrine dans "Art & Métiers du livre", Mars-Avril 2026, p; 26-29 

* Bruno Gontier, auteur de l'ouvrage, est le fils de Camille Gontier, rédacteur en chef du blog et de cet article en particulier

Un challenge de découpe laser

 Notre très vieux Paris, d'Henri Ramin (1927)

Ici, c'est le Paris du Moyen-âge qui nous est offert dans ses moindres détails. Toutes les facettes de la vie à cette époque sont détaillées, avec force expressions, termes, dictons et proverbes de ce temps.

Ainsi visitera t-on les rues "du puits certain", "des marmousets", "des trois canettes"...jusqu'à s'aventurer dans les sordides ruelles "du tire-chasse", dite aussi "du guiche-oreilles", où l'on vous débarrassera de certains ornements, ou celle "du maudétour", qui risquera bien de justifier son nom...  

Entre mille anecdotes, on y apprend que le barbier n'avait pas le droit de panser un blessé devant sa porte avant d'en avoir référé à la justice...(pauvre blessé !), que les bourgeois étaient plus propres qu'on ne croit, puisqu'après le lever ils allaient aux bains...sauf les dimanches et fêtes, où c'était interdit,... enfin un monde grouillant, débraillé, criard, et pourtant corseté par tout un florilège de règles, interdictions, obligations, édictées par les incontournables corporations, la religion et les pesantes coutumes.

Pour illustrer ce volume, je base mon illustration sur un dessin (approximatif) de la rosace Sud de la cathédrale Notre-Dame.

Ici, la technique de découpe par Laser montre clairement sa puissance. Le dessin des ferrures est généré à partir d'une seule demi-branche, symétrisée puis reproduite 12 fois par rotations successives. La découpe est faite automatiquement à partir du dessin. On notera que les ferrures les plus minces, découpées dans un cuir noir, sont larges d'1/2 mm à peine.

L'image de fond sous les ferrures est en fait une copie faite à partir d'une peinture réalisée par Camille à l'acrylique, en fait une anamorphose inspirée de 2 gravures classiques du moyen-âge, représentant Le Pont Neuf et Le Louvre. 

Cette peinture a été reportée en page de garde, car elle serait trop peu visible sous les ferrures. L'image de premier plat est une copie atténuée de cette peinture, de façon à créer un effet de lointain. Une copie réduite a été portée au deuxième plat.

Pour  protéger cet ouvrage, je confectionne un étui simple de sa conception, qui par sa forme de parallélépipède tronqué permet de saisir facilement l'ouvrage dans une bibliothèque.

mercredi 5 février 2025

Une petite boite pour un petit livre



 L'origine de ce travail tient à un besoin exprimé par une collègue d'atelier. Celle-ci possédait un petit livre auquel elle tenait beaucoup en tant que souvenir familial.


Son format de seulement 92x142x13 (en mm) interdit de la placer dans une bibliothèque où il disparaitrait entre les autres volumes. D'où l'idée de le contenir dans une boite en forme de livre, qui lui donnera une présence suffisante dans les rayonnages. 

Il existe des modèles de boite-livre dans la littérature, mais qui nous ont paru d'une construction trop lourde pour un ouvrage aussi léger. Je me suis donc proposé de réaliser un modèle personnel, réunissant les conditions suivantes:


La boite doit avoir l'aspect d'un livre relié standard, avec des chasses et dos arrondi. 

L'habillage pourra être de cuir ou de toile, l'intérieur étant garni d'un papier velouté.

Le livre disposé à l'intérieur aura une tolérance de position de 5mm sur tout le pourtour, et de 3mm en épaisseur.  

Le modèle qui est développée ci-dessous a été réalisée dans un carton mince d'épaisseur 2mm (en fait un carton de calendrier commercial). Ce choix est intéressant pour un livre de cette taille qui justifie d'une boite assez légère.

Les plans ci-dessous sont côtés pour le livre avec les dimensions 92x142x13. On pourra facilement adapter ces dimensions à un livre quelconque à partir des schémas ci-dessous.


Ci-dessus, la boite est représentée en développée vue de dessus. On trouve en quelque sorte deux boites incomplètes ( en bleu et gris) qui, après repliement, viennent s'emboiter l'une dans l'autre. Elles sont posées sur les deux plaques (en vert), elles mêmes complètement collées sur une cartonnette de 3/10, que l'on aperçoit en orange entre les deux plaques.

L'épaisseur globale de la boite sera égale à la hauteur des traverses (ici: 18mm) augmentée des 2 épaisseurs de carton (soit ici 2x2mm, soit au total 22mm)

Note importante: Pour une bonne courbure du dos,: la zone courbée (orange) qui formera le dos sera égale à 1,5 fois cette hauteur totale (soit ici 33mm). On peut moduler légèrement cette distance suivant que l'on souhaite un dos plus ou moins arrondi.
 


La coupe ci-dessus suppose que la boite de droite a été rabattue sur celle de gauche. Les deux boites viennent s'emboiter, la partie centrale de cartonnette se courbe et forme l'arrondi du dos (orange).

Les schémas suivants donnent les étapes de la construction.


Ci-contre les deux plats en carton, que l'on nommera "base" (bleu fonçé) et "couvercle"(bleu clair), ont été préparés ainsi que la cartonnette qui les supporte entièrement, dont on aperçoit la partie centrale "dos" (orange), conformément au plan I. Cependant la cartonnette est coupée légèrement plus grande (2 à 4mm) que l'ensemble de façon à déborder sur les bords des cartons. Pour l'instant, seule la "base" est collée sur la cartonnette mais non le couvercle.

Ci-contre à droite le "couvercle" a été collé sur la cartonnette sauf sur une bande de 10mm (bleu clair) que l'on appellera "planchette". Il suffit pour cela d'encoller la zone de contact sur la cartonnette puis protéger la zone "planchette" par une bande de papier avant d'appliquer le plat.

 

Préparer un V dans une bande de carton de la hauteur des cloisons (ici 18mm), dont les ailes sont de longueur env. 2/3 de la largeur des plats (ici env. 80mm). Les bouts du V (en B) seront rapés sur un abrasif  de façon à leur donner un angle d'env. 45° vers l'intérieur.  

 

 De même, préparer la traverse (plan I), en n'oubliant pas de l'échancrer aux deux bouts haut et bas sur 12mm x 2mm.

Toutes les pièces sont rassemblées sur le schéma ci-contre. La traverse est collée debout sur la "base"; au bord et centrée, le V est collé sur la base et collé à la traverse de façon à la maintenir verticale. Il est important que le V et la traverse se positionnent au même niveau de hauteur (ajuster si nécessaire). On coupe le "couvercle" suivant le trait AA (ci-dessus).






La "planchette" non collée se détache ainsi que la partie restante du couvercle, comme l'illustre le schéma ci-contre. 






Le schéma ci-dessus indique que la cartonnette a été arasée sur tout les bords au ras des cartons.



Sur le schéma ci-contre, on voit que l'on a collé la planchette sur le traverse et sur le V, centrée.

 



 

 Le schéma ci-dessus montre la bande de cartonnette "dos" (v. plan I) venant s'enrouler et se coller exactement de façon à couvrir la planchette.

On peut alors placer le "couvercle" en le collant sur le V, jointif  (mais non collé) à la planchette. On veillera dans cette opération à assurer l'équerrage de l'ensemble sur 3 côtés, quitte à jouer très légèrement sur la fente AA entre ces deux pièces (qui sera la charnière du couvercle).



On pose alors sur l'ensemble le matériau de couverture (en vert), débordant d'au moins 15mm.

 


On ouvre le couvercle en arrachant le collage qui le tient au V, ce qui permet de le faire pivoter le long de la charnière AA. On peut conseiller à ce moment de contre coller le couvercle (colle de pâte) d'un kraft afin d'en corriger une cambrure éventuelle (non représenté sur les figures). On peut faire de même pour la base à condition d'arracher le V, mais il est souhaitable de le remettre en place ensuite, au moins par un collage léger.



Ci-dessus, la couverture a été recoupée suffisamment au niveau des coiffes pour pouvoir rentrer dans les échancrures de la traverse, puis rempliée sur tout le pourtour, les coins étant finalisés comme en reliure.


 Sur le schéma ci-contre l'ensemble précédent apparait renversé. On a disposé un bloc formé de quelques cartons superposés (au moins 8mm d'épaisseur au total) dont les dimensions sont exactement l'intérieur du "couvercle" (plan I). On colle ce bloc par l'intermédiaire d'une feuille de papier collée sur le plat en 4 points, et au dos du bloc, de façon à pouvoir l'arracher ultérieurement sans trop de dégâts.

 

 

 

On prépare les flancs de la boite couvercle aux dimensions du plan I. Il est préférable de les reprofiler d'un arrondi partiel, comme sur le schéma.



Sur le schéma de gauche, on a collé ces flancs au dos du couvercle, en les serrant (sans les y coller) contre le bloc. Puis on a complété la boite par la cloison BB qui les rejoint. Pour un meilleur réglage des angles, il est préférable d'araser les cartons à 45° intérieur (sur un abrasif) à leurs jonctions en B. On peut mieux assurer la forme des coins en collant un kraft (non représenté sur la figure) à cheval sur les angles. Les carrés jaunes représentés sont de petites cales en cartonnette de 6/10 pour réserver un espace avec la boite extérieure.

Ayant "arraché" le bloc de calage, on referme la boite en collant  à nouveau, mais légèrement le couvercle sur le V. On prépare maintenant les flancs de la boite extérieure "base", en les coupant volontairement trop longs. Les arrondis au fond sont ajustés par des essais sans collage. Il est conseillé à ce stade d'habiller de son papier définitif  l'extrémité arrondie arrondie (ici en rouge), jusqu'à la charnière, car il sera difficile de le faire après.


 Ci-contre on a recoupé ces flancs suivant le plan I et on les a collés sur la base en les appuyant sur la boite "base" .Puis on a collé le 3ème côté de la boite "couvercle", avec les mêmes précautions aux angles que pour la boite intérieure.

 

On rouvre la boite en décollant le couvercle du V, et l'on arrache le V de la base. On peut alors habiller tous les flancs d'un papier choisi. 

 

 

 

 

 

 

Afin de renforcer la charnière du couvercle, qui pour l'instant n'est assurée que par la couvrure, on colle au fond, à cheval sur le plat et la bande de 10mm. une bande de mousseline (ici en marron), que l'on poussera dans l'espace intérieur de la charnière, couvercle ouvert à env 60°. .Laisser sécher dans cette position.

 

 

Enfin on pourra habiller l'intérieur d'un papier velours, en 2 étapes. D'abord le fond en incluant la traverse; ensuite le couvercle intérieure 'en recouvrant partiellement le revers de la planchette, la boite étant ouverte à 60° environ.

 

 

 Les photos ci-dessous montrent le modèle qui a été réalisé (à gauche), puis à droite le coffret contenant le livre auquel il est destiné




 



Note: le modèle ci-dessus ne convient pas si l'on souhaite former un dos avec nerfs, car le dos n'a pas la robustesse pour supporter la pression de la pince à nerfs. Cet objectif conduirait à une procédure notablement différente.

samedi 26 octobre 2024

Un livre au concours...

 

 ...mais pas primé.

Cet article relate ma participation à la Biennale Internationale de Reliure de Saint-Rémy-les-Chevreuse 2024. Ce concours met en compétition des relieurs, chevronnés ou amateurs, de nombreux pays (24 pays cette année), sur la base d'un ouvrage fourni aux candidats par l'organisateur. Cette année, c'était l'ouvrage célèbre de Saint-Exupéry : "Vol de nuit" , qui était l'objet de l'épreuve.

Disons le tout de suite: je n'ai pas été primé, et d'ailleurs je ne l'espérais guère eu égard à quelques problèmes mal maîtrisés lors de l'emboîtage de la couverture. Tant pis, ça n'a pas d'importance, je me suis fait plaisir, et surtout j'ai beaucoup appris des multiples innovations techniques que j'ai tentées.

Pour la couvrure, j'ai choisi une thématique de montagnes enneigées sur fond de ciel orageux. 

La base de la couvrure est un cuir ciré blanc couvrant toute la surface. 

En partie basse, des formes de rochers de cuirs gris/noirs sont collées sur cette base blanche.  Dans les deux cas, une pression arrière fait ressortir la neige autour des rochers,  (technique originale que j'ai déjà appelée "sertissage arrière" ou "aurélienne"; voir les articles antérieurs à ce sujet). 

Toutes les découpes sont réalisés par découpe Laser. Ci-dessous le dessin réalisé sur le logiciel Inkscape ayant généré toutes les découpes.

Pour chaque rocher, ce procédé permet la découpe des pièces de cuir: gris clair, foncé, noir; parfaitement emboitables. Un autre avantage est qu'il permet d'obtenir dans une cartonette la "contre découpe" des rochers, c'est à dire la surface correspondant à la neige, que j'ai collée sur l'autre face pour augmenter l'effet de relief, avant d'appliquer la pression arrière.

Pour les éclairs, une couche de cuir supplémentaire marron foncée (la nuit), traversée de fentes formant les éclairs découpées au Laser, est collée en partie haute sur le cuir blanc. Le principe est le même que précédemment: pousser le cuir blanc par l'arrière de façon à le faire ressortir dans les fentes.

  Sur le premier plat, 'un macaron vert serti dans une bague précise l'identification  complète de l'ouvrage, titre et auteur, en lettres dorées à l'oeser. 

La difficulté principale réside dans l'écriture du nom de l'auteur suivant un trajet circulaire. Pour cela des "fenêtres" pour chaque lettre sont découpées au Laser dans un carton, suivant le chemin circulaire voulu. 

 La préparation des "fenêtres" est aisée grâce au logiciel de dessin (v. ci-contre).

De ce fait, la lettre dans le composteur vient se positionner très précisément à la place et l'orientation voulues

Le titrage au dos est traité suivant  la même technique que sur les plats, par "sertissage arrière"..

 Les garde-couleurs sont des peintures sur Canson schématisant des montagnes dans la nuit.

Les tranchefiles sont faites d'une chaînette dorée cousue sur un ruban.

dimanche 25 décembre 2022

Les décors à "fenêtres"

 La création de "fenêtres" pour le décor d'un livre est une pratique intéressante et souvent assez spectaculaire. Par "fenêtre", j'entends par là une découpe dans la couvrure laissant apparaître une composition (peinture, msoaïque...), exprimant le vrai thème de l'ouvrage.

Paris sera toujours Paris

 La réalisation qui suit n'est pas à proprement parler une reliure, mais une jaquette destinée à habiller un livre neuf. Pourquoi une jaquette ? Précisément pour ne pas abimer si peut que ce soit un ouvrage d'une certaine qualité, qui, en état neuf, mérite d'être conservé comme tel.

 "Paris 1860" est un ouvrage broché moderne qui rassemble 18 poèmes de Baudelaire, extraits des "Fleurs du mal", évoquant  (plus ou moins) Paris, la ville, ses humeurs..., illustrés par des reproductions de 19 eaux-fortes de Meryon, reprises du "Notre Dame de Paris" de Victor Hugo.

J'ai choisi cet ouvrage en vue d'un petit exercice de style, qui par ailleurs comportait pas mal de difficultés techniques.


La jaquette est constituée d'une cartonnette essentiellement revêtue d'une peau noire lisse. Elle peut être dépliée intégralement pour libérer l'ouvrage.

 


A l'intérieur d'un cadre circulaire en relief, la peau est évidée de façon à laisser apparaître, à travers un motif en forme de ferronnerie (en fait du cuir noir sur forme de carton ouvragée), des motifs colorés évoquant, en partie haute, des vitraux (référence aux vitraux de Notre-Dame de Paris), et en partie basse, une peinture acrylique présentant quelques monuments de Paris. Le centre est occupé par une évocation de la Seine avec la Cité et l'Ile Saint Louis, et un médaillon emblématique de la ville ("fluctuat nec mergitur").

Le dos est traité dans une peau vermillon et porte le titre et les auteurs.

Les rabats de la jaquette sont habillés d'un papier à la cuve traditionnel, et sont tels que, repliés, ils referment entièrement les contre plats, comme un véritable livre.


 

 

Le devisement du monde (Marco Polo)

Le livre de Marco Polo, autrement connu sous le titre: le devisement du monde" relate les voyages que l'auteur, emprisonné à Gênes, dicta dans sa cellule à son codétenu Rusticello. L'ouvrage m'a donné une autre opportunité de créer un décor à "fenêtre" (qui en l'occurence est une porte), ouvrant sur un tableau réalisé à la peinture acrylique sur papier.

Sur fond de basane marron, le décor représente une porte ottomane (cuir ocre), s'ouvrant sur une peinture représentant les trois Polo (Père fils et oncle) quittant Venise à cheval, en vue d'atteindre la Chine. Le deuxième plat porte une petite incrustation en étoile ouvrant sur la peinture d'une pagode.. La simulation d'un carrelage de faïence bleue est réalisée par à l'aide de caractères et d'une palette appropriés, appliqués à chaud sur rubans or et gris. 


Les gardes-couleur sont constitués d'un papier à motif de brocart, pour renforcer l'aspect "vénitien" de l'ouvrage.


Des fenêtres", mais aussi des portes

De la fenêtre puis à la porte ouverte, il n'y a plus qu'un pas jusqu'à la porte... fermée (c'est un peu tiré par les cheveux, j'en conviens), mais je ne peux pas rater l'occasion.

L'ouvrage ci-contre:  "La fermeture", d'Alphonse Boudard, est en fait une critique en règle de la loi de 1946 dite "Loi Marthe Richard", qui décréta la fermeture des "maisons closes", alors florissantes dans l'hexagone.

Ce titre m'a inspiré pour un habillage basé sur l'image d'une porte close.

 

La reliure (photos ci-dessus) se présente ainsi sous l'aspect d'un immeuble "haussmanien", dont la porte principale est condamnée par une chaîne. La toile grège qui recouvre l'ensemble de l'ouvrage simule une façade simplement crépie, sur laquelle se détache la porte qui en est l'élément principal.
La porte et son entourage sont "sculptés" dans un empilage de cartons recouverts, pour la porte, d'un cuir carmin lisse simulant un bois peint, pour l'entourage, d'une feuille de plastique simulant un marbre. Le modelage précis des éléments est obtenu par pression sous émalène.


Les photos ci-contre précisent quelques détails du décor (cliquer dessus pour agrandir). Les titres sur le plat et au dos sont traités dans le style de plaques de rue, par dorure au ruban blanc sur fond de cuir bleu. La chaîne de fermeture est prélevée dans un simple cordon doré.

Un détail particulier concernant cet ouvrage, non visible sur les photos, réside dans la construction de la reliure, le livre étant initialement un livre broché, donc non cousu.

Le principe de construction, résumé par le croquis ci-dessus, a été plus amplement développé dans ce blog à la date du 15 Avril 2020, sous le titre "Relier des livres brochés, d'autres "méthodes". Je rappellerai qu'une autre méthode alternative, moins laborieuse, a été proposée le 27 Février 2018 sous le titre "Des livres brochés, aux dos arrondis".