jeudi 14 mai 2026

Encore un article dans Ar t& Métiers du livre

Réflexion libre sur la reliure "amateur"

 Eh oui, voilà que, pour la deuxième fois (pour la première, voir «Numéro de Mai-Juin 2020; "La reliure des livres brochés...", p. 29-31)  je place un article dans la fameuse revue.

Dans cet article intitulé "La découpe numérique, aide à la création de décor" (Numéro de Mars-Avril 2026, p . 26-29)  j’essaie de démontrer l’avantage de la découpe laser pour la réalisation de décor, à travers un exemple, ici la réalisation d’une « lettrine » telle que celle qui a été relatée sommairement dans ce blog sous le titre "Une lettrine comme décor"

On se rappelle que, dans le cas présent, la découpe laser permettait de placer exactement les pièces de la lettrine, comme dans un puzzle, sans risquer d’endommager le fond « or véritable » de la lettrine. 

Bonne idée, peut-être ; mais de là à figurer dans la revue; Ouaouh ! ça vous gonfle un peu votre ego ! Un petit relieur amateur d’un petit club de banlieue demande à publier dans la revue de référence du livre, ça n’a pas de sens ! Ou alors…

Prenons du recul. Le livre imprimé, mis à mal par l’édition numérique, va mal. La reliure professionnelle, première victime, ne survit guère (et difficilement), que grâce aux besoins d’archivage  des institutions (conseils régionaux, notaires…). Quant à la reliure « amateur », qui eut son heure florissante à travers une foule d’ateliers, aujourd’hui figée dans un carcan de méthodes millénaires gravées dans le marbre, elle s’étiole entre les mains de groupuscules vieillissants.

Alors chez AML on se dit (peut-être) que l’on pourrait vaincre cette morosité par quelque idée nouvelle, quelque brin d’inventivité,  quelque son de cloche dissonant, quelque brin de folie, d’où qu’ils viennent,  par exemple : Pourquoi ne pas donner de la noblesse aux livres d’aujourd’hui, si vilainement « carrés_collés » ? Pourquoi  ne pas profiter des techniques modernes, outils de découpe, transfert d’images, broderie programmée etc.. ? Pourquoi ne pas profiter des matériaux modernes, plexiglass, pâtes synthétiques...? En somme pourquoi ne pas redonner un peu de fraicheur dans cette morosité ?

La peinture, l’architecture…ont su se réinventer en leur temps ; pourquoi pas la reliure ?

Les amateurs aussi ont des idées…alors, réinventons la reliure !

Encore des livres siamois

 Une leçon d''anatomie mixte (2 reliures)

Ce traité d’anatomie artistique en deux volumes : 1 L’homme, 2 La femme, est en fait un cours de dessin à destination des élèves des Beaux-Arts, et a pour but de dégager les formes caractéristiques des deux sexes. On ne s’étonnera pas qu’il soit l’œuvre d’un médecin, Paul Richer, lequel, mieux que personne, connait les structures internes de l’être humain, lesquelles seules permettent d’en comprendre les formes extérieures, et mieux encore la cinématique des mouvements.

Les deux textes ne sont pas indépendants, car en fait la structure de base des deux sexes est la même, et fait essentiellement l’objet du premier volume : l’homme, qu’il faut comprendre au sens de « l’être humain ». Seules les masses musculaires plus apparentes chez l’homme-masculin justifient la spécificité de ce premier tome.  Le second tome s’appuie sur cette structure commune pour la complémenter des volumes charnus ou graisseux plus spécifiques à la femme.

L’ensemble porte uniformément la rigueur scientifique du médecin ; et c’est à l’artiste qu’il appartient de recomposer ces données pour figurer, à son gré, mouvements corporels, expressions du visage, effets de puissance ou de délicatesse des corps… qui constituent l’âme de son projet artistique


Pour rassembler ces deux ouvrages, j'ai choisi l'option du livre double, qui d'un côté ouvre sur le tome 1, "l'homme' et de l'autre sur le tome 2, "la femme". La photo ci-dessus présente  aux deux extrêmes les plats des 2 volumes, entre lesquels sont figurés les deux modes d'ouverture de l'ensemble. On voit que les deux volumes portent en commun leur deuxième plat.

Titres et auteur sont reportés sur les dos dans deux pièces de titre fleurdelisées.

Un tel ouvrage requiert, pour le rangement, un étui adapté. Pour cela,  je reprends mon modèle maintenant habituel d'étui tronqué, toutefois  découpé sur les flancs des mêmes formes homme/femme des premiers plats.

Il va sans dire que les nombreuses découpes coordonnées de l'ensemble sont réalisées à l'aide de l'outil Laser, particulièrement commode pour la réalisation de formes répétitives.

Une "lettrine" comme décor

 

Une lettrine pour "Jeanne de Vixouze"


L'ouvrage présenté dans cet article: "Jeanne de Vixouze",  écrit par Bruno Gontier*, censé se passer au XIVème siècle dans un village reculé d'Auvergne, est l'histoire d'une amitié naissante entre une jeune paysanne et une jeune châtelaine du pays. Mais lorsque cette amitié deviendra amour, dans ce pays rude corseté par les conventions, la vie ne sera alors plus possible ni pour l'une ni pour l'autre...

Pour illustrer cet ouvrage je choisis au premier plat par une "lettrine" inspirée des décors flamboyants des manuscrits médiévaux. Sur un fond de dorure à la feuille d'or, je dispose les éléments de la lettrine, à savoir les lettres J, V qui sont celles du titre, et qui se prolongent par des motifs animaliers ou floraux.

Suivant une technique que j'ai déjà proposée et souvent utilisée sous le nom de "sertissage arrière", technique qui consiste à pousser le cuir de couvrure par l'arrière, la couche avec or est ramenée vers l'avant; les vides ainsi créés étant comblés par un "négatif" des pièces de couleur. 

La lettrine ainsi montée est disposée dans un décaissement de la couvrure, qui est un cuir ciré blanc. La coupe précise des pièces du "puzzle" est assurée par découpe laser, qui autorise une bonne précision.

Le cadre ci-dessus réunit un ensemble de détails de l'ouvrage: un gros plan sur la lettrine de 1er plat, un détail du dos avec auteur et titre, une mini-lettrine en forme de 2 cœurs au second plat, la tranchefile faite à partir d'une chaînette de pacotille, et les garde-couleurs en papier rouge velouté avec charnière.

On trouvera plus de détails techniques pour la réalisation de cette lettrine dans "Art & Métiers du livre", Mars-Avril 2026, p; 26-29 

* Bruno Gontier, auteur de l'ouvrage, est le fils de Camille Gontier, rédacteur en chef du blog et de cet article en particulier

Un challenge de découpe laser

 Notre très vieux Paris, d'Henri Ramin (1927)

Ici, c'est le Paris du Moyen-âge qui nous est offert dans ses moindres détails. Toutes les facettes de la vie à cette époque sont détaillées, avec force expressions, termes, dictons et proverbes de ce temps.

Ainsi visitera t-on les rues "du puits certain", "des marmousets", "des trois canettes"...jusqu'à s'aventurer dans les sordides ruelles "du tire-chasse", dite aussi "du guiche-oreilles", où l'on vous débarrassera de certains ornements, ou celle "du maudétour", qui risquera bien de justifier son nom...  

Entre mille anecdotes, on y apprend que le barbier n'avait pas le droit de panser un blessé devant sa porte avant d'en avoir référé à la justice...(pauvre blessé !), que les bourgeois étaient plus propres qu'on ne croit, puisqu'après le lever ils allaient aux bains...sauf les dimanches et fêtes, où c'était interdit,... enfin un monde grouillant, débraillé, criard, et pourtant corseté par tout un florilège de règles, interdictions, obligations, édictées par les incontournables corporations, la religion et les pesantes coutumes.

Pour illustrer ce volume, je base mon illustration sur un dessin (approximatif) de la rosace Sud de la cathédrale Notre-Dame.

Ici, la technique de découpe par Laser montre clairement sa puissance. Le dessin des ferrures est généré à partir d'une seule demi-branche, symétrisée puis reproduite 12 fois par rotations successives. La découpe est faite automatiquement à partir du dessin. On notera que les ferrures les plus minces, découpées dans un cuir noir, sont larges d'1/2 mm à peine.

L'image de fond sous les ferrures est en fait une copie faite à partir d'une peinture réalisée par Camille à l'acrylique, en fait une anamorphose inspirée de 2 gravures classiques du moyen-âge, représentant Le Pont Neuf et Le Louvre. 

Cette peinture a été reportée en page de garde, car elle serait trop peu visible sous les ferrures. L'image de premier plat est une copie atténuée de cette peinture, de façon à créer un effet de lointain. Une copie réduite a été portée au deuxième plat.

Pour  protéger cet ouvrage, je confectionne un étui simple de sa conception, qui par sa forme de parallélépipède tronqué permet de saisir facilement l'ouvrage dans une bibliothèque.