vendredi 20 juin 2014

Encore une idée pour la reliure: la peau de (votre) femme...

Bon ! je propose ! Enfin, ce n'est qu'une idée, vous en faites ce que vous voulez !

Ce billet vient en complément de mon article du 2 Juin 2013 sur le même sujet "les reliures en peau humaine".
Une amie me signale le document suivant:

http://m.leparisien.fr/insolite/bibliotheque-de-harvard-un-livre-du-xixeme-siecle-relie-en-peau-de-femme-05-06-2014-3899957.php




Il y est question d'un livre qui figurerait dans la bibliothèque d'Harvard (USA), formellement identifié par les scientifiques comme étant relié en peau humaine.

Cet ouvrage (photo ci-contre) "Les destinées de l'âme" d'Arsène Houssay aurait appartenu à un médecin ami de l'auteur, lequel l'aurait fait relier ainsi avec la peau d'une malade mentale, sous le prétexte qu' "un livre sur l’âme humaine méritait bien qu’on lui donnât un vêtement humain".





 Je relève simplement dans l'article que pour authentifier la nature de la peau, les scientifiques ont envisagé, puis éliminé formellement " le mouton, le bétail et la chèvre" (c'est encore heureux), mais ont finalement hésité entre le gibbon et la femme.
Non ! Non ! de cette dernière comparaison odieusement machiste, je ne conclurai qu'une seule chose: ces scientifiques là sont des mufles !!

lundi 21 avril 2014

Une inititation au papier marbré

Il est dit que je serais beaucoup initié ces temps-ci.
Je voudrais relater ici ma première prise de contact avec la pratique du papier marbré, prise de contact que j'ai effectuée à Savigny-sur-Orge dans l'atelier de Mme Forget, ancienne restauratrice de livres à la bibliothèque Mazarine à Paris. On trouvera à la fin de cet article les coordonnées de cette personne.

Les deux photographies ci-dessous montrent les résultats que j'ai obtenus à l'issue de cette courte formation (1/2 journée).



Ce n'est qu'une initiation, et il est clair qu'en une matinée on ne peut appréhender que les principes du procédé. Par contre les réalisations personnelles de l'enseignante qu'elle a bien voulu nous montrer témoignent qu'avec la pratique on peut faire de très belles choses en la matière.On en revient à la sempiternelle maxime: "c'est en forgeant qu'on devient forgeron", que je corrigerai en "ce n'est qu'en forgeant (longtemps) que l'on devient forgeron".

La cuve
L'instrument de base est une cuve rectangulaire de dimensions légèrement supérieure à celle de la feuille de papier à marbrer. Sur la base de feuilles 50x65 cm, il faudra donc une cuve d'au moins 55x70, d'environ 5 cm de profondeur au minimum.
On peut réaliser simplement ce bac avec des planches de bois; on assurera alors l'étanchéité en tapissant l'intérieur d'une feuille de plastique souple agrafée sur les côtés.
Une journée avant le travail, on aura préparé une quantité d'eau suffisante pour remplir la cuve (env. 4 litres dans le cas présent), additionnée d'un produit épaississant soigneusement mélangé à l'eau. Pour ce dernier, on prendra par exemple "Bain marbling bath" de chez Pébéo (disponible chez Créa), à raison de 3 cuillères à café par litre d'eau. Après avoir homogénéisé le mélange de façon à n'avoir pas de grumeaux, on laissera épaissir le bain une nuit.

Les colorants
Il est possible de choisir différents colorants, qui correspondent à des techniques différentes. Dans le cas présent, nous avons travaillé directement avec des peintures à l'huile, que l'on "allège" en les mélangeant avec du white-spirit. D'autres praticiens utilisent des encres typographiques, ou d'autres types de peinture traitées à la gomme arabique.
Chaque couleur est ainsi préparée dans un petit pot individuel, type pot de yaourt.
Par exemple, prenant deux pâtons de peinture de la longueur d'un ongle, on les mélange à une cuillère à café de white-spirit (personnellement, je dirais plutôt 1/2 à 3/4 de cuillère), à l'aide d'une petite spatule (par ex. u bâton d'esquimeau). Le mélange doit avoir conservé une certaine épaisseur. S'il est trop liquide, on rajoutera de la peinture.

Le papier
Nous avons travaillé avec des feuilles de papier vergé 50x65 cm. C'est le côté lisse du papier qui sera appliqué sur le bain.

Mise en place de la couleur sur le bain
Avec un petit pinceau, on prélève une couleur puis on frappe sèchement le pinceau contre une baguette de bois, de façon à disperser des gouttes de couleur sur le bain. Si les gouttes s'étalent sur l'eau (et finissent quasiment par disparaître), c'est que la couleur est trop diluée (rajouter de la peinture). Si les gouttes restent sous forme de "pâtés" épais, c'est que la couleur est trop épaisse (rajouter du white-spirit).
On dispose ainsi des couleurs à volonté, sous la forme d'un grand nombre de gouttes.

La création de motifs
On crée ensuite des motifs contrôlés à l'aide d'instruments variés, que l'on peut fabriquer soi-même. Avec une simple baguette, on "éclate" les gouttes et on les déplace sur le bain. Avec une espèce de "peigne" (un simple tasseau garni de clous), on peut réaliser des effets de crénelage, etc... En la matière, on n'est limité que par son goût artistique.
Les photos en-tête de l'article résultent d'un premier essai sans création de motif, puis d'un essai avec création de "tourbillons" à l'aide d'une baguette.

Le transfert sur le papier
Le dessin ainsi obtenu sur la surface de l'eau peut maintenant être transféré sur le papier de la manière suivante. On présente le papier à partir d'une extrémité de la cuve puis on le déroule sur la surface sans temps-morts, et en veillant à ne pas laisser de poches d'air. Ensuite on retire la feuille de papier en la glissant le long d'un bord de la cuve.

Le séchage de l’œuvre
La feuille est ensuite positionnée sur une planche verticale mouillée, à laquelle elle adhère par capillarité. On la lave rapidement à grande eau avec une éponge. Puis on la dispose sur un support horozontal fait par exemple de barres de bois posées sur des tréteaux, dans un environnement favorisant le séchage (en extérieur s'il fait beau, ou sous un abri aéré).

Indications sur la formation
La formation se compose de séances d'une demi-journée, suivies chaque fois par un groupe de 3 à 4 personnes.
L'enseignante est très pédagogue, et se consacre entièrement à ses élèves durant le travail. En outre elle a pris soin de préparer la veille le mélange de l'eau et l'épaississant, de sorte que l'atelier est immédiatement disponible pour le travail des stagiaires. Tout le matériel et les produits utilisés, peintures comprises, sont fournies par l'atelier.
La formation se déroule à Savigny-sur-Orge, dans un pavillon tranquille. L'ambiance est sympathique et l'on repart avec son œuvre. Je ne peux que recommander ce stage, peu coûteux, et très accessible.
Pour participer, contacter michele.forget@free.fr

samedi 19 avril 2014

Une idée pour la reliure: le repoussage du cuir...

J'écris cette article au retour d'une journée d'initiation au repoussage du cuir.
Comme on pourra s'en douter, mon objectif n'est pas la réalisation de carquois, bottes de cow-boys ou quelqu'autre accessoire moyenâgeux, mais l'application possible de la technique au décor du livre.

Apparemment, la technique de repoussage du cuir pour l'habillage du livre s'est pratiquée dans des temps anciens, puis a été abandonnée au profit des techniques de la dorure. En particulier, le résultat pourrait se rapprocher de celui que donne la "dorure à froid" (qui, comme l'on sait, se pratique à chaud, mais sans application de la couche d'or), avec des reliefs cependant plus profonds.

J'ai effectué ce stage chez un artisan-formateur situé à Foëcy, dans le Cher (près de Vierzon), dont je donnerai les références en fin de l'article.

Pour concrétiser les choses, je présente 2 photos résultant de mon passage. Certes, on peut le voir, je n'ai pas mérité le prix du meilleur ouvrier de France. Pourtant ma conviction est qu'en insistant, on doit pouvoir faire de belles choses en la matière, y compris pour la décoration de livres; les réalisations du formateur en sont la preuve, j'y reviendrai.


Il est clair que le repoussage, ça se pratique, et qu'il faut du temps pour maîtriser la bête.

Pour résumer, l'initiation s'est faite en deux étapes: le matin, approche du travail de gravure: le dessin ci-dessus a été obtenu après 2 à 3 heures de formation; l'après-midi, initiation à la coloration, qui m'a donné le résultat ci-dessus (photo 2).

J'avais malheureusement oublié mon appareil photo, de sorte que je devrai décrire le processus sans les vraies illustrations. Pour au moins montrer les outils, j'ai emprunté quelques photographies au site "MBF cuirs association" .

Le cuir.
Il faut impérativement utiliser un cuir à tannage végétal, non coloré (naturel). Le cuir doit absorber l'eau instantanément, ce qui exclut les cuirs de maroquinerie (tannage au chrome). La peau doit avoir une certaine épaisseur, pour permettre l'incision de la fleur sans la couper. Il semble que l'on puisse descendre jusqu'à 1mm environ, donc plutôt du cuir de vache. En reliure, il faudra donc prévoir une réserve autorisant cette épaisseur.

Le support de travail.
On travaille sur une plaque de granit surfacée d'environ 30x40cm, qui peut être obtenue auprès de marbriers funéraires. La plaque est posée sur un établi pouvant supporter des frappes assez puissantes sans vibrer.

Le tracé du dessin.
Le dessin étant tracé sur un calque, on mouille le cuir puis on pose le calque sur la pièce. En suivant le tracé au stylet à pointe ronde, le dessin s'imprime "en mouillé" sur le cuir.

Entailler la peau.
On entaille le cuir le long des traits du dessin à l'aide d'un outil spécial, le swivel.

Il s'agit d'une espèce de cutter dont la lame acier ou céramique peut pivoter autour de l'axe du manche. L'outil présenté sur la photo 3 a une lame droite, mais on lui préfèrera une lame biseautée. La lame céramique est pratiquement inusable et n'a pas besoin de ré-affutage.
Le swivel est tiré le long des traits du dessin en le tenant verticalement, l'index dans la crosse de l'outil, de façon à inciser la peau par la pointe de la lame. Les courbes sont obtenues en faisant tourner le swivel sur lui-même avec l'annulaire. On prendra soin de remouiller périodiquement le cuir.


Enfoncer le cuir.
Le dessin est vraiment matérialisé lorsqu'on enfonce le cuir sur un côté de l'incision. Ce sont les bandes claires que l'on voit sur les photos 1 et 2.


 Pour cela, on utilise des "matoirs", aussi dits "bevelers" (photo 4), sortes de petits marteaux à section oblique que l'on frappe verticalement avec un maillet de bois ferme (photo 5), ou de nylon.


                                                           
On avance en suivant un côté de l'incision, en recherchant une frappe suffisamment continue pour éviter le crénelage. Pour les angles on fera tourner le matoir autour de l'angle sans l’écrêter.

Décorer la surface.
On peut à volonté décorer la surface à l'aide à l'aide de nombreux matoirs disponibles dans le commerce.

Ainsi est obtenu l'effet "sablé" que l'on peut voir autour de la volute sur les photos 1 et 2.
Il existe quantité de matoirs pour réaliser des frises, des effets de surface particuliers, des sujets entier (fleurs de lys, par exemple) (photo 6).





Colorer le cuir.
Il existe des colorants à l'eau et des colorants à alcool. Ces derniers sont d'un usage délicat eu égard à leur toxicité.
Pour réaliser la coloration dorée nuancée des photos 1 et 2, on a utilisé 4 teintes de brun de force progressive. Chaque teinte étant disposée dans son pot, on prévoit pour chacune une petite éponge (genre éponge de carrossier) et un chiffon, les éponges et chiffons ne devant pas être mélangés au cours du processus.
La première teinte (quasiment jaune) est passée uniformément à l'éponge y compris dans les creux.
Les teintes suivantes, de la plus claire à la plus sombre, sont disposées à l'éponge sur les zones que l'on veut les plus sombres et tirées rapidement au chiffon vers les zones plus claires de façon à obtenir un dégradé de couleur. Ainsi la zone d'application se réduit de plus en plus au fur et à mesure que l'on "monte" la couleur. Lorsqu'on tire le chiffon, on ne fait que "survoler" les reliefs, en évitant de lustrer le cuir, sans quoi la couche suivante de teinture aura du mal à pénétrer.
On peut en fin de travail améliorer l'uniformité en repassant une couche de jaune.

Lustrer le cuir.
On termine le travail de surface en lustrant fortement le cuir avec un chiffon type "collant de dame".

Les bords
On traite les bords en leur appliquant la couleur (2ème niveau de teinte) à l'aide d''un tampon de laine monté en écouvillon. Puis on lisse le bord posé à plat en le frottant avec un chiffon nourri de cire d'abeille.

Références de la formation.
Le formateur se nomme Eric Deneken. Son atelier est situé à Foëcy à 12 km de Vierzon.
Tel:  06.88.13.09.29
La formation est proposée (Tarif Avril 2014) pour 100E la journée plus éventuellement prix du cuir dans le cas de grandes réalisations (0 Euros dans mon cas).
Je précise que le formateur s'est tenu à mon entière disposition pour toute la journée de formation; avec une grande gentillesse en plus, ce qui ne gâte rien.
On trouvera sur son site www.cuir-formation.fr toutes les informations utiles sur ces stages.
Pour terminer, voici, extraites de son site esprit-cuir.fr, quelques photos de  ses propres réalisations qu'il qualifie de "grimoires". Il faut reconnaître qu'il ne suffirait pas de grand chose pour que ces couvre-livres soient... de vraies couvrures de livres, et d'un très bon niveau !!




lundi 6 janvier 2014

Recréer un dos par la technique des cartons fendus

Dans mon article du 31 Juillet 2013 "Chronique d'une restauration de base", je présentais la technique la plus classique pour recréer un dos, raccrocher les plats, pour des ouvrages à couverture toilée. La clé consistait à soulever la percaline le long des bords intérieur des plats et y glisser une nouvelle toile qui venait recouvrir le dos.

La méthode convient mal pour des ouvrages à couverture papier. En effet, soulever le papier est extrêmement délicat et conduit à un résultat assez médiocre. Dans ce cas, on utilise plutôt la technique des cartons fendus.
Les photos 1, 2, 3 montrent un ouvrage présentant ce type de difficulté.


On observe que le dos est presque complètement détaché (photo 1), ce qui a entraîné sans effort la séparation complète du 1er plat (photo 3). Le 2ème plat (photo 2) pose des problèmes supplémentaires (tâches, coin rongé) qui seront simplement évoqués car ne relevant pas de notre sujet.

Le corps de l'ouvrage n'a nécessité qu'un nettoyage. Le dos a d'abord été traité classiquement avec pose d'une mousseline, pose de Krafts et comètes, création d'un soufflet. Cette séquence classique de la reliure, largement détaillée dans mon article du 31 Juillet ne sera pas reprise ici.

Le problème de la couvrure se présente alors sous les aspects suivants:
     - habiller le dos d'une toile venant raccrocher les plats
     - recréer la continuité des gardes couleurs
     - restaurer au mieux le titre du livre au dos

Comme d'usage, on commence par couper une bande de toile de couleur appropriée (ici une toile  écrue), de hauteur H+4cm (H hauteur des cartons), de largeur l+3cm (l largeur du dos).


Ensuite, les cartons sont fendus dans l'épaisseur sur environ 10 mm de profondeur, comme le montre la photo 4. Cette opération est la clé de l'ouvrage, et doit être réalisée avec soin. Comme outil, on peut utiliser une baguette de bois taillée en forme de lame. Dans le cas présent, j'ai utilisé une "pointe" de reliure assez émoussée. Il est important que l'outil ne soit pas coupant en tête, ce qui exclut le scalpel ou une pointe trop bien affutée. Le carton doit s'écarter devant l'outil au fur et à mesure de son avancement, en profitant de sa structure en feuilles, sans être blessé par l'outil.

A un peu de colle plastique on a mélangé un peu de colle de pâte, de façon à en ralentir la prise. La photo 5 montre l'insertion à reflux de cette colle dans la fente du carton. Les débordements sont essuyés au fur et à mesure.

La photo 6 montre l'insertion de la toile dans la fente. On veillera à ce que la toile ne soit pas repliée à l'intérieur de la fente, et qu'elle retombe sans pli à l'extérieur. On serre ensuite cet ensemble quelques minutes dans un étau, en prenant soin d"essuyer les reflux de colle.


Les étapes suivantes sont évoquées par les photos 7 à 9.
Photo 7: on encolle la carton du soufflet sur lequel on rabat la bande de toile. On mesure soigneusement la largeur de la toile à conserver, que l'on recoupe ainsi.
Le raccrochage du second plat s'effectue de la même manière que pour le premier, et n'a pas été représenté en photos. On retrouvera le fendage du carton, encollage de la fente, insertion de la bande de toile dans la fente, puis serrage dans l'étau.
Les photos 8 et 9 illustrent deux difficultés hors du sujet de cet article. Photo 8: restaurer un coin "rongé" (cf. article du 8 Mai 2013). La photo 9 illustre la résolution d'un problème inattendu comme l'on en rencontre souvent en restauration. En se reportant à la photo 2, on observe des tâches de type inconnu que ni la gomme ni l'éponge ne résolvent de manière satisfaisante. Alors, on essaie...un peu tout ! ici c'est un ponçage profond qui a permis d'obtenir un résultat acceptable.


Les photos 10 à 12 montrent l'ouvrage fini. Le dos toilé est "rhabillé" d'un papier de la couleur la plus approchante. Le titre, décroûté de son ancien carton" puis recoupé à minima, est collé sur le dos. La photo 12 montre que la continuité des gardes collées a été rétablie.

En fin de cet article, il y a lieu de préciser les cas de contre-indication de la méthode. La méthode est inappropriée, (ou si l'on préfère présente des difficultés particulières) dans les 2 cas suivants:
      - les cartons n'ont pas une structure en feuilles. Ce peut être le cas de cartonnages modernes en particulier.
      - Les plats sont détachés du corps au départ. En effet, il est clair que par cette technique, une demi épaisseur du carton risque de rester visible, extérieure à l'habillage. On pourra y pallier de manière à peu près satisfaisante en prolongeant un peu le papier qui recouvre le dos.

mardi 24 décembre 2013

Un outil à faire des pièces de titre

"Faire des pièces de titre ? Bigre ! C'est pas de la restauration, ça; c'est de la dorure !
et puis Camille, on te l'a déjà dit: ON NE RETOUCHE PAS LES ORS D'UN LIVRE ANCIEN !"

"Mouai!.... et si mon livre n'a plus de titre ? et s'il n'a plus de dos du tout ? M'enfin"

Enfin il y a mille raisons de faire de la dorure, même quand on fait de la restauration. Donc j'en fais ! mais attention, je ne vais pas rouler des mécaniques; la dorure, c'est difficile, c'est très difficile, c'est même très, très, très difficile ! Donc je fais ce que je peux ! Na !

Perso, je crois que faire des pièces de titre, au film, à plat, c'est à la portée de tout le monde. J'ai bien dit, des "pièces de titre", et non pas des titres sur les dos.

Pour faciliter les choses, j'ai fait réaliser par notre ami Pierre, que je dois remercier au passage (Pierre Tarade, Les lieurs de Sénart), le petit outil que je veux vous présenter. Pierre m'a fait profiter de sa longue expérience de Chef Ajusteur à la Monnaie de Paris; mais je crois qu'un bricoleur un peu doué (en tout cas plus doué que moi) devrait être capable de réaliser cet outil.



L'outil est constitué d'une simple équerre, que l'on a dotée d'un dispositif de serrage à son extrémité.

On sait que pour le débutant, la difficulté est de respecter un bon parallélisme des lignes de titre. Évidemment, l'équerre glissant sur un côté d'un ai (photo 1), assure ce parallélisme; mais le problème est d'éviter que l'équerre ne bouge lors de la pose du composteur; d'où l'intérêt du dispositif de blocage que l'on perçoit en bout de l'équerre. Le photo 1 montre le système en opération, vu de face, la photo 2 le montre vu de dos.

Les photos 3, 4, 5 montrent plus en détail le dispositif. Un simple boulon est engagé dans un petit retour carré fixé à l'extrémité de l'équerre par 2 vis (photos 3 et 4). Une rondelle en laiton est prisonnière du boulon à son extrémité, et légèrement flottante (photo 4) (le mécanisme est un peu analogue au système de serrage que l'on trouve sur des serre-joints).

L'utilisateur positionne l'équerre, serre le boulon à la main (c'est suffisant), et peut positionner le composteur sur l'équerre, même l'appuyer légèrement. Et là, j'en suis sûr, certains diront: "la dorure, mais c'est facile" (hum!!!).

samedi 21 décembre 2013

Retour sur la colle de pâte au micro-ondes

Dans mon message du 21 Février 2013, j'exposais une manière de préparer la colle de pâte au micro-ondes.
Dans l'ensemble, la recette m'a donné satisfaction. Cependant, la préparation apparaissait quelquefois un peu trop aqueuse, trop "mouillante".

Je rappelle le principe tel que je le proposais

Le matériel (photo 1): Farine, cuillère à soupe définitivement réservée à cet usage,  tube portant un repère représentant un volume de 5 fois la cuillère rase, pot à colle, petite cuillère pour touiller, montre avec trotteuse; (photo 2) four à micro-ondes.
Préparer une cuillère à soupe de farine rase pour 5 volumes d'eau dans le tube doseur (photo 3).



Mise au point
 Repérer par un essai, pour un réglage donné du micro-ondes, le temps exact T pour atteindre l'ébullition. Choisir un réglage permettant un temps T d'au moins 45 secondes.
Diviser ce temps par 2, soit T/2.






Usage courant
     - 1 volume de farine pour 5 volumes d'eau.
     - la farine étant dissoute dans l'eau, lancer le micro-onde pour le temps T/2.
     - homogénéiser le mélange
     - relancer le micro-ondes pour le temps T/2. On doit voir que le mélange vient d'entrer en ébullition.

Amélioration du processus
Pour donner plus de consistance à la colle, il m'a semblé utile de "pousser" un peu plus loin la "cuisson" au delà de l'entrée en ébullition. Bien sûr, on ne laissera pas le même réglage du micro-ondes, sous peine de voir le mélange évaporé sur les parois de l'appareil. On optera pour une "cuisson finale" sous un réglage doux.

Cela donne, chez moi:
     - cuillère à soupe moyenne rase pour la farine. + 5 volumes d'eau
     - appareil à micro-ondes de 750 watts à 10 niveaux de réglage

      Temps d'ébullition au niveau de réglage 8: T=48 secondes

      1. Homogénéiser le mélange eau-farine
      2. premier chauffage au niveau de réglage 8: T/2 = 25 secondes (à peu près)
      3. homogénéiser
      4. deuxième chauffage au niveau de réglage 8: 23 secondes (car 25+23=48)
      5. cuisson supplémentaire au niveau de réglage 4: 15 (minimum) à 30 secondes (maximum). Je choisis généralement 15 secondes.
      6. laisser refroidir

L'étape supplémentaire 5 permet, en fonction du temps de cuisson choisi (de 15 à 30 secondes) un réglage assez fin de la fluidité de la colle.

Bien entendu, ces données correspondent à ma cuillère et mon micro-ondes, et chacun devra mettre la recette au point en fonction de ses données personnelles. 
 

vendredi 1 novembre 2013

Le doublage d'un document par la technique du "fond tendu"

La technique du "fond tendu" permet de doubler un document papier de façon à le renforcer, le rassembler s'il est éclaté en plusieurs parties, réparer les déchirures éventuelles, combler les manques de papier.

Ainsi la photo 1 montre la couverture d'un livre broché que l'on souhaite replacer comme telle sur le livre.
Cette couverture n'a subi aucune autre préparation qu'un gommage soigné. Sur ce point, il y a lieu d'insister tant que la poussière de gomme ne ressort pas claire.

La technique de doublage décrite ci-après m'est transmise par Marie-Odile Royer, restaurateur aux Archives Nationales, que l'on verra opérer sur plusieurs étapes ci-après.

L'opération nécessite l'usage d'une boîte à lumière, faite simplement d'un caisson enfermant une lampe tamisée, et sur lequel on a disposé une plaque de plexiglass (photos 2 et 3).

On aura besoin également:

       
        - d'un papier de doublage dit "Bolloré", débordant légèrement de la surface du document (photo 4). Ce papier doit pouvoir être remplacé par du papier "Japon" fin, mais dont le maniement devrait être plus délicat (je n'ai pas essayé).

        - d'une surface d'"intissé", un peu supérieure à la surface du document. Le produit utilisé par les professionnels est difficile à trouver en petite quantité; on peut éventuellement s'en passer en travaillant directement sur le plexiglass, si le document n'a qu'une face utile. La conséquence est alors un effet de "glaçage" au dos du document.

       - de colle de pâte

Le document est mis au trempage dans l'eau (photo 6).


 La plaque de plexiglass étant préalablement mouillée à l'éponge (photo 7), l'intissé est disposé sur le
plexiglass (photo 5) puis étalé soigneusement à l'éponge de façon à adhérer au plexiglass sans pli (photo 8).

Le "Bolloré" est alors soigneusement étalé sur l'intissé, en prenant soin de résorber les plis.
On enduit soigneusement le "Bolloré" de colle de pâte sur sa face apparente (photo 9, Marie-Odile Royer effectuant cette opération).





Le document est sorti de l'eau, étalé sur le "Bolloré" précédemment encollé puis appliqué fortement sur toute sa surface à l'aide d'un plioir par l'intermédiaire d'un buvard (photo 10).

L'étape de doublage est terminée. On peut maintenant passer à l'étape de comblage des manques.
On voit que le document (photos 1 et 11) présente en tête et en queue des manques importants. On se propose de les combler à l'aide de papier "Japon fort".


On dispose le papier Japon sur la partie manquante, le sens des fibres étant celui qui permettra le meilleur"accrochage" sur les bords du document. Ainsi dans le cas présent, les fibres sont orientées parallèlement au dos. Puis on dessine sur le "Japon" au "stylo à eau" une pièce correspondant à la partie manquante que l'on aperçoit grâce à la lumière (photo 12). A défait de "stylo à eau", on peut utiliser un pinceau fin. La pièce ainsi "dessinée" est arrachée de sa feuille de Japon de façon à présenter un contour hérissé de fibres apparentes (photo 13).

Puis la pièce garnie de colle est enfin disposée sur la partie manquante (photo 14) et soigneusement appliquée au plioir par l'intermédiaire d'un buvard (photo 15).


L'ensemble est mis à sécher verticalement de façon à se décoller de lui-même (photo 16et 17). Les débords
 du "Bolloré" sont recoupés au scalpel (photos 18 et 19).


La photo 20 résume le travail de finition au niveau des zones apparentes du "Bolloré". Les "franges" du "Bolloré" sont rasées à l'aide du scalpel (lame No 15). Enfin dans les zones apparentes du Bolloré (ici tête et queue du dos) la couleur est retouchée "au mieux" à l'aide de pastels secs, crayons de couleur, estompe, etc...