samedi 2 mai 2015

Tutoriel de reliure simplifiée (ex: livre de poche)

 Note au 14/04/2018.
Une version améliorée de ce tutoriel a été mise au blog à la date du 25 Février 2018 (v. plus haut dans le blog). Je ne supprime pas cette version qui semble avoir été utile à certains, mais on devrait lui préférer la nouvelle version où certaines approches ont été simplifiées.


Cet article présente une méthode classiquement enseignée au titre d'initiation à la reliure.
Elle s'applique exclusivement à des ouvrages "non cousus" (type livre de poche) ou construits à partir de feuilles indépendantes (type mémoires ou thèses).
Le cheminement qui sera présenté ci-après est essentiellement inspiré du document didactique distribué par Jacqueline Brémond aux débutants, laquelle enseigne cette méthode depuis de nombreuses années dans notre atelier.

J'ai titré "reliure simplifiée" pour bien signifier que cette méthode, parce qu'elle laisse de côté nombre de ces petits gestes qui font "la belle reliure", permet cependant d'obtenir en très peu de temps un résultat tout à fait satisfaisant. Le débutant réalisera ainsi un ouvrage en l'espace d'une journée, tandis que la personne avertie y  parviendra en quelques heures.
Cependant, il me paraît important de dire que cette technique ne saurait être considérée comme "de la mauvaise reliure". En effet, dans le cas d'ouvrages "non cousus", il se trouve que c'est presque la seule méthode utilisable, (à l'exception d'une méthode nettement plus délicate qui consiste à assembler des cahiers à la machine à coudre). Par ailleurs, elle n'exclut pas certains raffinements qui pourraient finalement la rapprocher de la reliure classique. Seule la technique de base sera présentée ici.

Vocabulaire

Le texte utilisera le vocabulaire classique de la reliure. Il est bon de le rappeler ici à travers les 2 schémas (a) et (b) ci-après.
1. L'ouvrage à relier




Les photos 1 et 2 montrent un livre de poche standard, d'aspect passablement vieilli, mais complet.

Le premier plat et la couverture se détachent, quelques pages menacent de se s'échapper... l'occasion d'un sauvetage d'urgence !





2. Nettoyage du dos

Le corps d'ouvrage étant détaché de la couverture (ph. 3), on ponce le dos du corps d'ouvrage (ph. 4), puis le revers du dos en couverture (ph. 5 et 6), de façon à obtenir des surfaces à peu près lisses.




3. Pseudo-couture

A l'aide d'une scie, on réalise au dos d'ouvrage une série de fentes croisées (ph. 7 et 8) d'environ 2mm de profondeur. On veillera à ce que le trait de scie atteigne toutes les pages.
On garnit ensuite le dos, et surtout les fentes ainsi ménagées, de colle flexible (ph. 9 et 10), la colle devant pénétrer les fentes jusqu'au fond.
Enfin on aura prévu un nombre suffisant de brins de fil de section moyenne, de longueur un peu supérieure aux fentes (ph. 11), que l'on insèrera à fond dans les ces dernières (à l'aide d'un petit plioir par exemple).
4. Pose d'une mousseline

On découpe une bande de mousseline de dimensions un peu supérieures au dos (ph. 13, v. note 1 en fin d'article). On encolle grassement le dos (ph. 14), sur lequel on applique ensuite la mousseline que l'on noie fermement dans la colle en la travaillant au plioir (ph. 15). On termine par une nouvelle application de colle (ph. 16).

Personnellement, je préconise de coller par dessus une bande de papier Kraft, de la dimension du dos (ph. 17 et 18), qui donne une meilleure surface pour l'assemblage final avec la couverture.



5. Pose de pages de garde

Les fils de couture sont maintenant coupés à ras (ph. 19),  de même que la mousseline (v. note 2 en fin d'article).
Par ailleurs, couper 2 double pages d'un papier blanc cassé, si possible de teinte accordée avec les pages du livre, de dimensions pliées très légèrement supérieures aux dimensions du livre (ph. 20). Ce sont les pages de garde.

A l'aide d'une macule délimiter une mince bande sur l'ouvrage le long du dos, de 3mm environ (visible en sombre sur la ph. 21). Encoller cette bande sans excès puis coller une des double pages sur cette bande. (ph.22). Faire de même de l'autre côté du livre (ph. 23).

6. Confection d'un soufflet

Couper une bande de carte bulle, épaisseur 4/10, de la dimension du dos (ph. 25) et une bande de papier Kraft de même longueur, et de largeur 3 fois la largeur du dos (ph. 24). Plier le papier Kraft en U symétriquement de façon à pouvoir y loger exactement la carte (ph. 26). Encoller le fond du U et y coller la carte (ph. 27). Refermer le U en collant les 2 ailes de Kraft l'une sur l'autre. On forme ainsi une espèce de tube (ph. 28).
Aux extrémités de ce tube, dégager le côté papier sur 15mm environ (ph. 29).

7. Montage de la couverture

On appellera "h" la hauteur du livre, " L" sa largeur, "d" l'épaisseur du dos.
Couper 2 cartons forts d'épaisseur "e" assortie au livre (13/10 pour un livre de poche), de largeur L + 3mm, de hauteur h + 6mm (ph. 30). Couper dans une toile de la couleur choisie un rectangle dont les côtés sont h+4cm en hauteur et 2L+d+2e+4cm en largeur (ph. 31).
Dessiner sur le revers de la toile la place du dos centré, et des 2 cartons de part et d'autre, séparés du dos par l'intervalle "e" (épaisseur des cartons) (ph. 32). Coller les cartons à leur place sur ce schéma et de même le soufflet, côté carte, au centre (ph. 33).





8. Assemblage de l'ouvrage

On encolle maintenant le soufflet sur sa partie Kraft seulement (ph. 34), puis on présente l'ouvrage bien perpendiculairement et bien centré sur cette zone (ph. 35). En refermant l'ouvrage, on dispose d'un délai très court pour rectifier définitivement la position du corps d'ouvrage, vérifier l'égalité des chasses, le centrage du livre...

9. Préparation du collage des remplis

On coupe les angles de la toile à 45° en ménageant une distance un peu supérieure à "e" par rapport au coin du carton (ph. 36). Puis on recoupe la toile aux coiffes de façon à ne lui laisser qu'un débord de 1cm (ph.  37).


10. Collage des remplis

On recoupe la toile sur le pourtour de façon à régulariser la largeur des remplis (ph. 38). Puis on positionne le livre debout tête en bas ouvert de façon à pouvoir travailler d'abord sur le côté "queue" (v. note 3 en fin d'article). On vérifie au plioir que l'on dispose au niveau des coiffes d'un passage suffisant pour la toile entre le soufflet et l'ouvrage, cela de chaque côté de la coiffe (ph. 39).
La phase de collage qui suit doit être effectuée avec une certaine rapidité. On encolle le rempli de queue (ph. 40)  puis on le rabat sur le carton en veillant particulièrement à bien l'ajuster sur le bord. Puis on rentre la toile de coiffe derrière le soufflet en veillant à bien disposer la toile aux sorties de la coiffe (ph. 41).
On fait de même pour le rempli et la coiffe de tête.

Au niveau des coins, on "pince" un côté de la toile de façon à la replier sur l'angle du carton (ph. 42); on achève le collage des remplis tête et queue puis on encolle les remplis latéraux du livre que l'on rabat comme précédemment (ph. 43).


11. Accrochage latéral de la mousseline

Cette étape n'est utile que dans les cas qui relèvent de la note 1 (v.  fin d'article).
Le livre étant ouvert présentant le revers du 2ème plat, on encolle le carton sur une bande suffisante pour accrocher la mousseline qui déborde du dos (ph. 44), puis on rabat la mousseline sur cette colle. Personnellement, de façon à pouvoir continuer le travail sans attendre le séchage, je dispose une bande de papier Kraft sur la mousseline (ph. 45), puis je recoupe l'ensemble au scalpel (ph. 46). Je termine par un petit ponçage de la jonction. Je fais de même pour le premier plat.


12. Coupe des gardes couleurs

Le livre étant ouvert à plat, on mesure la hauteur totale du livre + 1cm, et la largeur de l'ensemble ouvert + 1cm. On coupe 2 rectangles du papier de garde couleur choisi suivant ces dimensions, la hauteur étant celle du décor (ph. 47).
Personnellement, j'opère la recoupe de la garde couleur à coller (la moitié de la feuille) en 2 temps. Je commence par une première recoupe à la dimension du plat. Pour cela, je replie le papier sur le bord du livre (ph. 48) de façon à le marquer. La marque est mieux visible au revers (ph. 49), ce qui me permet de recouper la page, pour l'instant à dimension du plat (ph. 50). Puis ayant repéré la plus grande chasse à laquelle j'ajoute 1mm, je repère tout autour du plat, à l'aide du compas (ph. 51), la recoupe à faire pour dégager les chasses. Les repères sont mieux visibles au revers (ph. 52), et me permettent de recouper la garde collée à sa dimension finale (ph. 53).
On fait de même pour l'autre garde couleur.


13. Collage des gardes couleurs au revers des plats

L'opération devant être enchaînée assez rapidement, on doit préparer son matériel à disposition aisée, (ph. 54), c'est à dire: l'ouvrage, la page de garde, la colle, le pinceau, une cale de blocage (ici un vieux fer à repasser), un poids, un chiffon, un plioir, deux macules.
L'ouvrage étant ouvert sur son 2ème plat (v. note 3), à l'aide d'une macule et d'un poids, on délimite une zone libre de 5mm env. sur l'ouvrage, le long du mors (ph. 55). En travaillant sur une autre macule, on encolle la partie à coller de la garde (ph.56). Puis on encolle livre et plat le long du mors (ph. 57). On enlève la macule et l'on pose la garde à coller sur le plat dont on "maroufle" la surface au chiffon, à partir du centre (ph. 58). Enfin l'ouvrage étant maintenu ouvert à 60 degrés par la cale, on assure le collage du mors à fond en le poussant à l'aide du plioir utilisé seulement dans sa longueur (ph. 59). Il est important que l'ouvrage ne quitte pas cette position ouverte à 60 degrés pendant le séchage, soit une dizaine de minutes (colle flexible).
On répète l'opération pour la page de garde du 1er plat.


14. Collage des gardes couleurs sur les gardes blanches

On dispose une macule derrière la 1ère garde blanche puis on encolle celle-ci (ph. 60). On retire la macule et l'on rabat la garde couleur volante sur la garde blanche (ph. 61).
On fait de même pour l'autre plat, puis, sans attendre, on serre l'ouvrage dans un étau une dizaine de minutes (ph. 62).
Le collage doit ressortir parfait, sans bulles ni plis.




15. Recoupe des gardes couleurs

En commençant par la 2ème garde-couleur (v. note 3), à l'aide d'un crayon à mine fine, l'ouvrage étant à peine entre-ouvert, on matérialise le contour du corps d'ouvrage sur le dos de la garde (ph. 63). Puis au scalpel en intercalant un zinc,on recoupe à la règle la garde suivant cette ligne, exactement en dedans du trait (ph. 64). On termine la coupe au ciseau au niveau des mors (ph. 65).
On fait de même pour la 1ère garde couleur.




16. Pose des éléments de décor

La couverture d'origine est débitée en 3 pièces:  ses 2 plats et le dos (ph. 66). De ces éléments, on extrait suivant son goût les parties que l'on souhaite voir figurer sur l'ouvrage. (ph. 67).
Ces parties sont collées en bonne place sur la toile de couverture (ph. 68).






Les photos 68 et 69 matérialisent le résultat de notre travail.

Note 1. Pour certains ouvrages, par exemple des ouvrages épais ou lourds, on devra augmenter la mousseline en largeur afin de pouvoir l'accrocher sur les revers des plats (cf.§ 11 ). Pour cela on aura pris soin de couper la bande de la photo 13 en conséquence, soit d'une largeur égale à celle du dos augmentée de 4cm environ.
Cette précaution n'est pas nécessaire pour un ouvrage léger, un livre de poche, par exemple. Elle a cependant été appliquée ici pour illustration.

Note 2. Bien entendu, on ne recoupera pas la mousseline si l'on est dans le cas de la note 1. 

Note 3. Ce doit être une règle générale de travail: toute opération portant sur "tête" et "queue" doit de préférence être abordée côté "queue"; de même toute opération portant sur 1er plat et 2ème plat doit être abordée de préférence par le 2ème plat. Cette précaution autorise éventuellement de petites erreurs que l'on ne répètera pas dans la partie la plus visible. 

dimanche 5 avril 2015

Restauration d'une BD

La restauration d'une BD est une opération qui a en général assez mauvaise réputation en raison de la structure un peu spéciale de l'ouvrage. La schéma ci-après montre la construction de la plupart des BD modernes, moyennant quelques variantes éventuelles.

Anatomie d'une BD

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Le faux-dos n'est pas directement lié au corps d'ouvrage, contrairement à l'habitude (habituellement le faux-dos est collé en lisière sur l'ouvrage). Il est constitué d'une bande de carton assez épaisse simplement collée sous la couverture en papier glacé. Le corps d'ouvrage, généralement formé de cahiers cousus (quelquefois un seul cahier) est collé par le fond sur une mousseline (quelquefois un carton souple) qui vient s'accrocher aux revers des deux plats. Les gardes couleurs, généralement porteuses de dessins spécifiques à la série, sont collées aux revers des plats, et retournent volantes sur le corps de l'ouvrage sauf un collage au niveau des mors sur une largeur de quelques millimètres.

Ce schéma justifie le point ordinairement faible des BD modernes. L'articulation des plats repose uniquement sur les papiers extérieurs (couverture en papier glacé) et intérieur (gardes-couleurs), et sur la mousseline. Ces éléments ont tôt fait de se déchirer et libèrent progressivement le dos, puis les plats. Par contre, le corps d'ouvrage, s'il n'a pas subi d'agressions particulières, reste généralement en état  correct.

Cette construction permet de comprendre les difficultés propres à une opération de restauration. On ne peut soulever la couverture de papier glacé pour y loger un renfort, sans d'importants dégats. On devra également conserver la continuité des gardes-couleurs, ce qui exclut une intervention par l'intérieur.

1. Projet de restauration

Dans l'exemple qui suit, on a choisi de respecter le schéma général de construction représenté plus haut. Cependant, afin de pallier à la fragilité habituelle des charnières, une bande de toile sera insérée au dos suivant la technique des "cartons fendus".




Les photos 1 à 4 montrent l'état initial de l'ouvrage. On voit que le dos a disparu (ph. 1 et 2), le 2ème plat s'est détaché (ph. 3). La photo 4 montre la garde-couleur du 1er plat, restée entière.












2. Préparation des plats


     Soulever les gardes-couleurs collées

On commence par séparer les différents éléments (ph. 5): corps d'ouvrage, plats, gardes-couleurs volantes. On soulève sur 15 mm de profondeur environ les gardes couleurs collées (ph. 6), généralement solidaires de la mousseline, de façon à dégager une rive continue au bord de chaque plat intérieur (ph. 7). Un ponçage de la surface de carton ainsi dégagée (ph. 8) puis un nettoyage du revers de la garde couleur (ph.9) sont souhaitables.

     Fendre les plats

La photo 10 ci-dessus illustre l'opération la plus délicate du processus. Il s'agit de fendre les plats, côté des mors, sur une profondeur d'au moins 10 mm. On peut réaliser cette opération à l'aide d'une lame de bois mince. Personnellement, j'utilise une pointe "fatiguée", donc non coupante. L'ouverture est réalisée à l'avancement, les feuillets devant s'écarter devant l'instrument sans être blessés. On réussit mieux en 2 passes dont la première est peu profonde. On positionnera la fente assez prêt du plat extérieur (sachant que la demi-tranche de ce côté du carton restera un peu visible), en évitant cependant de creuser directement sous le papier de couverture, sous peine de déformations visibles.

3. Construction de la couverture
    
    Collage d'une mousseline

On procède maintenant à la construction de la couverture. Pour des raisons pratiques, on choisit de monter la mousseline sur 2 bandes de papier Kraft.

La mousseline est coupée à la largeur du dos (ici env. 10 mm) augmentée de 5 cm. Les bandes de Kraft sont coupées à 2 cm (ph. 11). Les 3 pièces sont réunies par collage comme sur la photo 12, de façon à ménager entre les Krafts une largeur de mousseline libre égale à l'épaisseur du dos augmentée de l'épaisseur des plats (soit ici 13 mm env.)

Ce dispositif est utilisé pour réunir les 2 plats sont en le collant, côté mousseline, sur les 2 rives dégagées précédemment, tout en ménageant entre les plats l'espace de la mousseline laissé libre (ph. 13).
     Insertion du corps d'ouvrage

Avant d'insérer le corps d'ouvrage, on prépare les gardes-couleurs collées de façon à recevoir ultérieurement les gardes-couleurs volantes. On insère simplement 2 bandes de papier blanc (ou de couleur adaptée) d'environ 4cm (ph. 14 et 15) dans les rives des plats soulevées comme précédemment, donc débordant assez largement des plats. On referme ensuite par collage ces éléments de rive, bande de papier, sauf aux extrémités. La photo 16 montre l'ensemble fini où ces bandes de papier ont été repliées vers l'intérieur.

On nettoie ensuite (ph. 17) le dos du corps d'ouvrage. On peut enfin l'encoller puis l'insérer (ph. 18) dans sa couverture, en travaillant au plioir l'accrochage de l'ouvrage sur la mousseline.

4. Construction du dos

     Pose d'une toile de renfort

On coupe enfin une bande de toile suffisante pour couvrir largement le dos et les retours dans les plats (soit ici au moins 13+10+10 mm; on a coupé 50 mm). C'est la bande noire (a) sur la photo 21.
On prépare un mélange de colle flexible et de colle de pâte. Les photos 19 et 20 montrent l'introduction, avec un petit pinceau, de la colle dans la fente du premier plat.
On introduit ensuite la bande de toile dans cette fente à l'aide d'un petit plioir. Le résultat est montré sur la photo 21. On resserre l'ensemble à la main, éventuellement à l'étau, en essuyant les rejets de colle.

     Création d'un faux dos

Le faux-dos est constitué d'une bande de carton d'environ 15/10 d'épaisseur, de largeur égale à celle du dos de l'ouvrage fermé. On le colle au revers de la toile en veillant à ce qu'il se rabatte en position correcte sur le dos du livre (ph. 22).


En repliant le dos on peut alors recouper la toile à une largeur suffisante pouvant être introduite dans la fente du 2ème plat. On nourrit alors de colle la fente du 2ème plat, comme précédemment pour le premier (ph. 24), et comme précédemment, on introduit à fond la toile dans la fente à l'aide du petit plioir. On serre le tout à l'étau en essuyant les rejets de colle (ph. 25).

5. Coiffes et gardes-couleurs

On traite ensuite les coiffes en les rabattant de manière usuelle sur l'intérieur du faux-dos et les revers des plats, à l'aide de colle mélangée (ph. 26 et 27).

Pour les gardes-couleurs, on recoupe les bandes de papier blanc qui ont été ménagées  pour les recevoir (§ 3) , à environ 10 mm de largeur (ph. 28 et 29). Puis on colle les gardes couleurs volantes sur ces bandes.

Enfin on colle cet ensemble sur la première page d'ouvrage sur une largeur de quelques mm, en maintenant le livre ouvert à 60 degrés comme il est d'usage (ph. 30).





6. Finitions

Les photos 31, 32 et 33 montrent l'état de l'ouvrage au point où nous en sommes.

On termine par quelques retouches de couleur sur les plats, et à la jonction des gardes-couleurs volantes aux gardes-couleurs fixes.

Le dos est enfin recouvert d'une bande de papier réalisée sur imprimante, enveloppant entièrement la toile, comportant auteur et titre du volume (ph. 34). Coupée avec précision, cette bande de papier peut également couvrir les champs restés (très légèrement visibles) des cartonnages.



mardi 4 novembre 2014

Visite des ateliers de restauration de la BNF

Une visite mémorable !

Ce Jeudi 9 Octobre 2014, avec un groupe de relieurs des "lieurs de Sénart", et quelques "doreurs" de l'A.S.C. Viry, nous avons bénéficié d'une visite très intéressante d'un des ateliers de restauration de la BNF, actuellement (et provisoirement) sur le site Tolbiac.

La visite a duré pas moins de 2 heures 30 et l'ensemble du personnel sur site s'est prêté aimablement à satisfaire notre curiosité et nos questions. Avant toutes choses, je tiens à remercier toutes ces personnes, avec en premier lieu, Madame Isabelle Rollet, Responsable du service Restauration et Messieurs les chefs d'atelier Jacques Sicre et Gilles Munck, qui nous ont chaperonnés tout au long de la visite. Que soit également remerciée Mme Sophie Doucet, Responsable Formation à la BNF, qui la première a bien voulu nous donner accès à ces services.

La visite est illustrée par les images suivantes
















lundi 21 juillet 2014

Retour sur l'atténuation des rousseurs... et autres tâches

Depuis mon article du 21 Octobre 2013, j'ai été amené à travailler fréquemment sur le problème des tâches, en particulier les "rousseurs", fréquentes dans les ouvrages des fin XIXème, début XXème.
A cette époque, l'invention du papier de bois a entraîné la généralisation du blanchiement du papier par le chlore, qui serait à l'origine de ces rousseurs (acidité) apparues au cours du temps.
Je ne reviendrai que brièvement à la fin de ce billet sur la "philosophie" et le "bien fondé" des pratiques exposées ci-dessous, en rappelant qu'en milieu institutionnel, à ma connaissance, contre les rousseurs des papiers, eh bien ...on ne fait rien !

Au bilan de ces essais, j'ai dû me rendre à l'évidence, impossible de proposer une approche générale de la question ! La diversité des papiers et des tâches fait que telle méthode qui fonctionne ici ne fonctionne plus là, et inversement. Tester, essayer, réessayer et re-tester restent les maîtres-mots de ce travail.
Résultat de ces essais, par contre, j'ai pu affiner quelque peu mes pratiques, et surtout déterminer les outils qui m'ont paru les plus efficaces pour obtenir un résultat. Je me contenterai donc de lister ces  instruments, et d'en préciser un peu l'utilisation.

Le principe général d'atténuation des tâches procède de 2 idées: l'abrasion du papier et la recoloration.

L'abrasion du papier

 Le schéma ci-contre montre l'effet de l'abrasion suivant la profondeur des tâches:
     a) La tâche est peu profonde. L'abrasion du papier éradique complètement la tâche
     b) La tâche est assez profonde, mais non traversante. L'abrasion diminue l'étendue de la tâche, mais ne la supprime pas. La couleur peut cependant s'en trouver atténuée.
     c) La tâche est traversante. L'abrasion ne diminue que peu l'étendue ni la couleur de la tâche


La photo suivante présente les outils pour réaliser l'abrasion du papier: la gomme P1, le pinceau à fibres de verre P2 , le papier de verre P3 (utiliser des chûtes du papier utilisé en reliure), le scalpel à lame ronde No 25 P4 et le plioir spatule P5.


 Je passerai rapidement sur l'outil le plus doux: la gomme P1. L'effet abrasif est infime ou nul. La gomme doit cependant être essayée systématiquement pour éliminer les poussières.

Les autres outils sont plus sévères:
Le pinceau à fibres de verre permet un travail localisé (tâches), voire entre les lignes et même entre les lettres.
Le papier de verre permet d'attaquer globalement des surfaces portant soit un semis de tâches assez dense, soit un nuage de rousseurs légères; c'est souvent le cas par exemple dans les marges .
Le scalpel permet, pour des tâches très ponctuelles, d'extraire une couche de papier par incision superficielle, ou, pour des tâches d'étendue moyenne, de gratter la surface sous forme de copeaux.


La photo A1 ci-dessus montre une page dans son état initial. Les tâches sont nombreuses, cependant superficielles. Elles ont pu être traitées de manière satisfaisante à l'aide des seuls outils: gomme, pinceau fibre de verre, papier de verre et scalpel. Un "reglacage" partiel du papier a ensuite été effectué en travaillant les zones traitées au plioir spatule. La photo A2 montre le résultat de l'opération.

La recoloration (avec ou sans abrasion)

Dans certains cas, après un essai d'abrasion, on aura conclu que la méthode est soit insuffisante, soit carrément inopérante. On pourra alors pratiquer une recoloration locale du papier, avec ou sans abrasion initiale.
Dans l'exemple ci-après, les outils qui ont été utilisés sont, à nouveau les outils d'abrasion P1, P2, P3, P4, et les crayons Q1 (crayon blanc Caran d'Ache Supracolor II 001) et Q2 (Pastel pencil "coquille d'oeuf" Caran d'Ache 788-541). Dans d'autres cas, on peut avoir recours à d'autres crayons de couleurs appropriées comme par exemple Q3 jaune clair Stabilo 1400/105, Q4 jaune clair Caran d'Ache Luminance 6901, ou Q5 ivoire Faber-Castell Elfenbein ivory 9201-103. Tous ces crayons sont disponibles chez Sennelier à Paris. A ces outils il faut ajouter le plioir spatule P5 et un chiffon propre.

Les photos  B1 à B4 illustrent cette pratique.


 La photo B1 montre l'état initial de la page.


 Sur la photo B2, après le gommage, on a tenté l'abrasion des tâches. Le pinceau à fibres, le papier de verre et le grattage au scalpel ont permis d'atténuer les tâches mais non les supprimer.


Sur la photo B3, on a coloré les zones des tâches au crayon blanc Q1. Notons dans tous les cas, on aura pris soin de commencer par une abrasion au moins légère des zones, dont l'effet est de faciliter l'accrochage du crayon sur le papier glacé. Cette base blanche permet d'éclaircir le ton foncé de la tâche et fournit un fond clair pour la couleur finale.


Sur la photo finale B4, on a "griffé" légèrement la couleur blanche pour lui ôter son brillant, puis on a  passé le crayon pastel Q2 ,qui dépose une poudre légèrement ocre sur les zones blanches, en débordant assez largement. On a ensuite fait pénétrer cette poudre en travaillant fortement la zone au plioir-spatule P5.
Enfin on a épousseté la poudre de pastel résiduelle au chiffon.

Conclusion

Il n'est pas inutile de discuter du bien-fondé de l'opération. Peut-on la qualifier de réversible ? Pas totalement en raison de l'abrasion du papier. Toutefois, le dommage au papier est (normalement) mineur.
La méthode est-elle universelle ? La réponse est non. Les papiers trop fins ne supportent pas l'abrasion (c'est le cas des livres issus de "feuilletons" reliés). C'est le cas également si les rousseurs sont trop étendues, surtout à l'intérieur du texte, ou trop foncées.
Le résultat est-il parfait ? Là encore, il faut répondre non. Quand bien même le résultat peut apparaître excellent en lumière normale, une lumière rasante révèle malgré tout les zones de travail par le changement de la texture superficielle du papier (perte du glaçage).

On ne saurait donc recommander cette pratique dans le cas de documents "de patrimoine"

Par contre, cette pratique me satisfait, personnellement, pour des ouvrages courants, tels les percalines de la tranche 1850-1914. Il faut reconnaître qu'un ouvrage largement entâché de rousseurs est peu engageant à la lecture. L'opération décrite ci-dessus atténue cet aspect à priori rebutant, et, à défaut d'un résultat parfait, restitue les conditions d'une lecture agréable.

Je terminerai cet article en précisant que l'opération décrite ci-dessus est extrêmement chronophage; compter au bas mot une vingtaine d'heures pour un ouvrage moyen. La restauration est un sport d'endurance!

 

dimanche 22 juin 2014

Mon livre-peinture

Une approche que j'aime bien; mêler plusieurs artisanats dans une seule réalisation. Ainsi, au delà de mon activité reliure-restauration qui fait l'objet de ce blog, j'ai également une activité "peinture sur bois", que je pratique au sein de l'association "Arts et Loisirs" de Savigny-sur-Orge, sous la direction (ferme) de Mme Manuela di Piazza.
Donc pourquoi pas une reliure dont la décoration serait une (ou plusieurs) peintures. Dans le cas présent, il sera plutôt question de peinture sur carton, mais en utilisant les couleurs acryliques, cela ne change pas grand chose à l'affaire.

Le livre que j'ai entrepris est un ouvrage du milieu du XXème intitulé "Plantes, fleurs, fruits" de G. Fraipont (photo 1).


Les nombreuses aquarelles couleurs qu'il contient (photo 2) lui donnent un cachet suranné tout à fait sympathique. Je n'ai pas pris de photo de l'affreuse toile noire qui l'habillait, probablement pas d'origine.

Le résultat de mon travail est représenté ci-après. 



La photo 3 est une vue d'ensemble du livre ouvert.

Le premier plat (photo 4) assemble 2 photos prélevées sur Internet: un bouquet de fleurs mélangées et un plant de fraisiers. Le second plat (photo 6) représente une branche de physalis ("amours en cage"), le dos (photo 5) une grappe de (petites) tomates avec ses fleurs. Le titre est posé à chaud au ruban couleur.


Sur le plan reliure, la réalisation du listel est un peu faible, dites-vous ?  Mince alors ! Encore un livre qui n'est pas parfait ! Quel métier !






vendredi 20 juin 2014

Encore une idée pour la reliure: la peau de (votre) femme...

Bon ! je propose ! Enfin, ce n'est qu'une idée, vous en faites ce que vous voulez !

Ce billet vient en complément de mon article du 2 Juin 2013 sur le même sujet "les reliures en peau humaine".
Une amie me signale le document suivant:

http://m.leparisien.fr/insolite/bibliotheque-de-harvard-un-livre-du-xixeme-siecle-relie-en-peau-de-femme-05-06-2014-3899957.php




Il y est question d'un livre qui figurerait dans la bibliothèque d'Harvard (USA), formellement identifié par les scientifiques comme étant relié en peau humaine.

Cet ouvrage (photo ci-contre) "Les destinées de l'âme" d'Arsène Houssay aurait appartenu à un médecin ami de l'auteur, lequel l'aurait fait relier ainsi avec la peau d'une malade mentale, sous le prétexte qu' "un livre sur l’âme humaine méritait bien qu’on lui donnât un vêtement humain".





 Je relève simplement dans l'article que pour authentifier la nature de la peau, les scientifiques ont envisagé, puis éliminé formellement " le mouton, le bétail et la chèvre" (c'est encore heureux), mais ont finalement hésité entre le gibbon et la femme.
Non ! Non ! de cette dernière comparaison odieusement machiste, je ne conclurai qu'une seule chose: ces scientifiques là sont des mufles !!

lundi 21 avril 2014

Une inititation au papier marbré

Il est dit que je serais beaucoup initié ces temps-ci.
Je voudrais relater ici ma première prise de contact avec la pratique du papier marbré, prise de contact que j'ai effectuée à Savigny-sur-Orge dans l'atelier de Mme Forget, ancienne restauratrice de livres à la bibliothèque Mazarine à Paris. On trouvera à la fin de cet article les coordonnées de cette personne.

Les deux photographies ci-dessous montrent les résultats que j'ai obtenus à l'issue de cette courte formation (1/2 journée).



Ce n'est qu'une initiation, et il est clair qu'en une matinée on ne peut appréhender que les principes du procédé. Par contre les réalisations personnelles de l'enseignante qu'elle a bien voulu nous montrer témoignent qu'avec la pratique on peut faire de très belles choses en la matière.On en revient à la sempiternelle maxime: "c'est en forgeant qu'on devient forgeron", que je corrigerai en "ce n'est qu'en forgeant (longtemps) que l'on devient forgeron".

La cuve
L'instrument de base est une cuve rectangulaire de dimensions légèrement supérieure à celle de la feuille de papier à marbrer. Sur la base de feuilles 50x65 cm, il faudra donc une cuve d'au moins 55x70, d'environ 5 cm de profondeur au minimum.
On peut réaliser simplement ce bac avec des planches de bois; on assurera alors l'étanchéité en tapissant l'intérieur d'une feuille de plastique souple agrafée sur les côtés.
Une journée avant le travail, on aura préparé une quantité d'eau suffisante pour remplir la cuve (env. 4 litres dans le cas présent), additionnée d'un produit épaississant soigneusement mélangé à l'eau. Pour ce dernier, on prendra par exemple "Bain marbling bath" de chez Pébéo (disponible chez Créa), à raison de 3 cuillères à café par litre d'eau. Après avoir homogénéisé le mélange de façon à n'avoir pas de grumeaux, on laissera épaissir le bain une nuit.

Les colorants
Il est possible de choisir différents colorants, qui correspondent à des techniques différentes. Dans le cas présent, nous avons travaillé directement avec des peintures à l'huile, que l'on "allège" en les mélangeant avec du white-spirit. D'autres praticiens utilisent des encres typographiques, ou d'autres types de peinture traitées à la gomme arabique.
Chaque couleur est ainsi préparée dans un petit pot individuel, type pot de yaourt.
Par exemple, prenant deux pâtons de peinture de la longueur d'un ongle, on les mélange à une cuillère à café de white-spirit (personnellement, je dirais plutôt 1/2 à 3/4 de cuillère), à l'aide d'une petite spatule (par ex. u bâton d'esquimeau). Le mélange doit avoir conservé une certaine épaisseur. S'il est trop liquide, on rajoutera de la peinture.

Le papier
Nous avons travaillé avec des feuilles de papier vergé 50x65 cm. C'est le côté lisse du papier qui sera appliqué sur le bain.

Mise en place de la couleur sur le bain
Avec un petit pinceau, on prélève une couleur puis on frappe sèchement le pinceau contre une baguette de bois, de façon à disperser des gouttes de couleur sur le bain. Si les gouttes s'étalent sur l'eau (et finissent quasiment par disparaître), c'est que la couleur est trop diluée (rajouter de la peinture). Si les gouttes restent sous forme de "pâtés" épais, c'est que la couleur est trop épaisse (rajouter du white-spirit).
On dispose ainsi des couleurs à volonté, sous la forme d'un grand nombre de gouttes.

La création de motifs
On crée ensuite des motifs contrôlés à l'aide d'instruments variés, que l'on peut fabriquer soi-même. Avec une simple baguette, on "éclate" les gouttes et on les déplace sur le bain. Avec une espèce de "peigne" (un simple tasseau garni de clous), on peut réaliser des effets de crénelage, etc... En la matière, on n'est limité que par son goût artistique.
Les photos en-tête de l'article résultent d'un premier essai sans création de motif, puis d'un essai avec création de "tourbillons" à l'aide d'une baguette.

Le transfert sur le papier
Le dessin ainsi obtenu sur la surface de l'eau peut maintenant être transféré sur le papier de la manière suivante. On présente le papier à partir d'une extrémité de la cuve puis on le déroule sur la surface sans temps-morts, et en veillant à ne pas laisser de poches d'air. Ensuite on retire la feuille de papier en la glissant le long d'un bord de la cuve.

Le séchage de l’œuvre
La feuille est ensuite positionnée sur une planche verticale mouillée, à laquelle elle adhère par capillarité. On la lave rapidement à grande eau avec une éponge. Puis on la dispose sur un support horozontal fait par exemple de barres de bois posées sur des tréteaux, dans un environnement favorisant le séchage (en extérieur s'il fait beau, ou sous un abri aéré).

Indications sur la formation
La formation se compose de séances d'une demi-journée, suivies chaque fois par un groupe de 3 à 4 personnes.
L'enseignante est très pédagogue, et se consacre entièrement à ses élèves durant le travail. En outre elle a pris soin de préparer la veille le mélange de l'eau et l'épaississant, de sorte que l'atelier est immédiatement disponible pour le travail des stagiaires. Tout le matériel et les produits utilisés, peintures comprises, sont fournies par l'atelier.
La formation se déroule à Savigny-sur-Orge, dans un pavillon tranquille. L'ambiance est sympathique et l'on repart avec son œuvre. Je ne peux que recommander ce stage, peu coûteux, et très accessible.
Pour participer, contacter michele.forget@free.fr