lundi 21 octobre 2013

Atténuer les rousseurs des livres du XIXème et début XXème.

                                                                                                                                       Classe B

Les ouvrages du XIXème siècle et début XXème, essentiellement dans la tranche 1850-1914,  présentent souvent des rousseurs plus ou moins prononcées (la photo 3 ci-après en montre un exemple).
Ces rousseurs, clairement, ne proviennent pas de la manipulation. On considère qu'elles sont apparues au cours du temps du fait de l'acidité du papier. Une explication fréquemment donnée proviendrait du chlore résiduel lié au blanchiment de la pâte de bois, qui au début du XIXème, a progressivement remplacé le papier de chiffon. Sur cette piste, je me risque à une explication, peut être fausse: le chlore résiduel + de l'hydrogène facile à trouver (dans les molécules d'eau), et voilà de l'acide chlorhydrique HCl, prêt à attaquer méchamment votre ouvrage préféré.

La difficulté d'éradiquer ces rousseurs est notoire, tant est si bien que les relieurs (amateurs, et même, à ma connaissance, professionnels), préfèrent ne pas s'y attaquer. Au niveau institutionnel (bibliothèques publiques, archives nationales), il semble que toute intervention sur ces rousseurs soit absolument prohibée.

Bien sûr, on peut pardonner à ces livres plus que centenaires ces marques de l'âge, qui n'épargnent pas plus les livres que nous-mêmes. Ainsi une certaine relieur (relieuse ?) me fit cette remarque: "nous en avons bien, nous, des tâches de rousseur !". Bon, bon,  ! Je veux bien, mais ce qui peut être un charme piquant pour une (et même un) humanoïde l'est-il encore pour un livre ? Et sinon, que faire ?

Et c'est là que votre Camille (Hello, Camille où es-tu ?) vient à votre secours avec célérité !

Maintenant, soyons clair !
     - la méthode décrite ci-après dégrade légèrement le papier. Elle est donc à proscrire absolument pour des documents "de patrimoine" (cf. ma discussion du  30 Mars 2013)
    - la méthode ne s'applique qu'à des papiers suffisamment épais. Heureusement, c'est le cas de beaucoup de livres populaires de la fin du XIXème - début XXème.
     - la méthode ne s'applique que pour des rousseurs peu profondes et en tout cas non traversantes. Si plus de 5% des rousseurs se retrouvent, même atténuées, sur l'autre face de la feuille, c'est que les rousseurs de cet ouvrage sont profondes et que l'on n'en viendra pas à bout. Mieux vaut renoncer dans ce cas.

Le principe en est très simple? Le matériel est illustré sur les photos 1 et 2.

L'outil principal est le morceau de papier abrasif. Des chûtes du papier généralement utilisé en reliure (la tomate) font très bien l'affaire.
A côté: la gomme, le plioir de forme "spatule" (relevé à l'extrémité), une lame de carton habillée de papier de verre à l'extrémité, un scalpel à lame numéro 15 (photo2) seront éventuellement utiles, sans être indispensables.


Traitement d'une rousseur

Les photos ci-après montrent une page avant/après traitée selon la méthode proposée.



On essaiera la gomme en premier lieu, de façon à ne pas confondre une rousseur avec une trace "sale".
Poncer la rousseur avec le papier abrasif. Si la rousseur est peu profonde, elle aura pratiquement disparu après un léger ponçage. Si elle est plus profonde, on acceptera qu'elle soit simplement atténuée, mais dans tous les cas on évitera d'ôter plus d'un tiers de l'épaisseur du papier.

La lame de carton abrasive permet de travailler légèrement entre les lignes de texte, voire les lettres. Il faut cependant éviter d'attaquer le texte.

Le scalpel peut être utilisé avec précaution pour enlever une fine pelure de papier, soit par incision, soit par grattage. Il permet des interventions plus localisées que le papier de verre (piquages de rouille).

Les photos 5 et 6 montrent une intervention à l'intérieur du texte. La présence d'une rousseur de forme rectangulaire probablement due à une image qui a été conservée dans le livre traverse le texte. La trace a pu être atténuée (mais non éradiquée) par un usage conjugué de la lame abrasive et du papier abrasif.


Restitution du glaçage du papier

Le passage du papier de verre donne au papier traité un aspect rugueux. La gomme permet de restituer un peu le glaçage, mais un "surfaçage" appuyé du papier à l'aide du plioir "spatule" donne un bien meilleur résultat.


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