mercredi 16 mars 2016

Traitement des documents papier



Cet article résulte d'une collecte d'informations auprès de mon ami et formateur-dorure François Voignier, d'après des expériences qu'il a menées afin de résoudre des problèmes de restauration d'affiches et de gravures. Ces informations s'appliquent évidemment au domaine du livre, à cela près que les opérations présentées ci-après peuvent devoir être répétées...100 fois, 200 fois, 300 fois, etc... selon le nombre de pages de l'ouvrage.
La restauration est un sport d'endurance !

  I. Nettoyage des papiers

 On essaiera dans l'ordre:

     1. Gommage du papier
 On utlise la gomme en poudre, que l'on frotte sous les doigts, plus légèrement sur les parties imprimées. On peut aussi utiliser la gomme mie de pain ou la gomme en chaussette, cependant moins efficaces.

     2. Traitements

     2.1. Pour des mouillures, on peut essayer, avant tout essai chimique, un simple bain d'eau tiède (plusieurs heures à 40°). Cette opération est quelquefois suffisante.

     2.2. Traitements chlorés.

Pour des taches (moisissures, taches sauf taches de rouille), on peut utiliser un bain de chlore (par ex. eau de Javel) très dilué, appliqué pendant un temps très long (de plusieurs heures à plus d'un jour). On neutralise ensuite au métabisulfite de sodium.

          a) Mise en oeuvre
Une bonne concentration chlorée à 0,5% est obtenue, pour 10 litres d'eau froide (pas plus de 20°), avec 50cm3 d'eau de Javel à 3,5% (indication 3,5 CA sur les bouteilles), ce qui donne au final une solution à 0,0175% de chlore actif. Si la bouteille indique 1,5CA, on ajustera la quantité d'eau en conséquence.
Pour les taches rebelles, on pourra aller jusqu'à une solution chlorée à 2%, mais pas plus.
Pour les taches très prononcées, on peut les traiter au préalable avec une solution concentrée (max. 2%) à l'aide de cotons-tiges avant de faire le traitement normal au bain chloré.

          b) Neutralisation
Après un court rinçage, on neutralise le chlore dans un bain de métabisulfite de sodium (Na2S2O5) à raison de1g de poudre pour 100 cm3 d'eau, pendant un temps allant de 20mn à 1/2h., cela pour un traitement initial au chlore à 0,5%. Pour un traitement au chlore plus concentré, on ajustera le bain de neutralisation en conséquence.

           c) Rinçage. Tremper la feuille dans l'eau tiède (pas plus de 60°), pendant 24h environ. Si l'on ne peut utiliser un filet d'eau courante, changer l'eau de temps en temps.

          d) Séchage. Le papier mouillé est très fragile; pour le sortir, on peut glisser dessous une feuille d'intissé, puis on met à sécher sur un buvard (v. "Le géant des beaux arts), ou sur une serviette éponge.

Remarques. A la place du chlore, la chloramine a été abandonnée pour son effet destructeur du papier. Un autre procédé à base de permanganate de potassium neutralisé ensuite au métabisulfite (notre bon vieux "corrector") s'avère difficile à contrôler (passage par le violet !, temps de bain ?)


     2.3. Autres traitements

Les taches de rouille s'enlèvent à la rubigine du commerce ou l'acide oxalique, au coton-tige. L'acide oxalique peut être destructeur à forte concentration. Rincer fortement.
Pour les taches rebelles, essayer l'acétone, l'alcool  à 90°, l'ammoniaque, séparément ou mélangés à valeurs égales. Rincer abondamment.
Le borax, un temps préconisé comme désacidifiant, a été abandonné.


II. Opérations particulières

     1.  Réparation des déchirures 

On copie la forme de la déchirure sur un calque que l'on pose ensuite sur un papier Japon. On suit le contour du papier Japon avec un pinceau fin trempé dans l'eau, à courte distance du tracé, ce qui libère une bande étroite de papier Japon. On colle cette bande à cheval sur la déchirure à l'aide d'une colle neutre et réversible, par ex. la colle RH8 (Relma), la colle d'amidon, de blé ou de riz. (V. par ex. "Les Frères Tang", Paris 13ème), la thylose ou mieux la colle Klucel G à dilution au moins 40g/l. Cette dernière, à base d'alcool, ne détrempe pas le papier et évide de gondoler, mais elle sèche vite et son pouvoir adhésif est plus faible. Elle ne convient guère que pour des déchirures.  On peut aussi utiliser la colle à papiers peints pour papiers normaux Perfax (mais pas les versions pour papiers.épais ou plastiques). Bon marché, cette colle est neutre (Ph= 7) et réversible
Faire sécher ensuite sur une plaque entre 2 intissés pris entre des buvards, au moins 2 jours.

     2. Doublage des documents

Le doublage est réservé aux documents ne comportant pas de texte au verso.
Sur une plaque de verre, on dispose un intissé sur lequel on pose la gravure, face en dessous, puis à l'aide d'un pinceau très large, on encolle le dessus avec une colle réversible en s'arrêtant à 1 cm des bords env. afin de ne pas tacher la gravure. Sur une autre plaque de verre, on pose un Japon, côté mat vers le haut, que l'on encolle en débordant, et en résorbant les plis. Enfin on soulève l'intissé portant la gravure que l'on pose délicatement sur le Japon. La pose peut se faire à la verticale, à la manière de pose du papier peint. Enfin on résorbe les bulles en posant un intissé sur l'ensemble puis en passant un rouleau de caoutchouc de 15 à 20cm, du centre vers les bords.  On pourra voir sous incidence rasante si les cloques sont résorbées. Enfin on collera soigneusement sur tout le pourtour un papier Kraft gommé à cheval sur verre et Japon.

     3. Comblage des lacunes

On utilise un papier de texture et couleur assorties au document. Le document étant encore sur la plaque de verre, maintenant sec, on décalque le contour de la déchirure puis on reporte le dessin sur le papier par petits points à l'aide d'une aiguille. On peut ainsi déchirer la "rustine" - surtout pas aux ciseaux, les franges de la déchirure donnent un meilleur aspect à l'assemblage- et la coller en place sur le Japon de doublage. On harmonisera ensuite la couleur , plus facilement à sec.

      4. Mise à plat

Pour éviter d'introduire trop d'humidité, on vaporise recto-verso sur la gravure de l'alcool à 60°, puis on la place entre 2 intissés et des buvards.. Eviter l'alcool à brûler qui contient des produits mal connus. "Le Géant des Beaux-Arts" propose un alccol à 60° qui convient. F.V. propose de laisser simplement les feuilles finir leur séchage entre des buvards.

      5. Retouches

Si le papier ressort trop blanc à la suite d'un traitement chloré, on pourra lui redonner un aspect écru en le trempant dans du thé ou mieux une décoction de chicorée; mais attention au nuançage.

Les taches blanches consécutives aux nettoyages (champignons) se retouchent au crayon de couleur que l'on travaille à l'estompe.

Pour les aquarelles et dessins, avant tout traitement au bain, faire un essai au chlore avec un coton-tige.. Si la couleur disparaît, ce n'est pas une aquarelle. Pour les corrections finales, aquarelle et mine de plomb résistent au temps, contrairement à gouaches et acryliques.
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Les réparations de déchirures sont masquées au pinceau millimétrique, par pointillés ("Windsor et Newton England, série 7-10000). On peut satiner ensuite la retouche à la gomme arabique. 

Les chiures de mouche se retirent au scalpel. On termine par des retouches au crayon.

Les traces de scotch peuvent être légèrement poncées. On termine par des retouches.

III. Fournitures

Papier Japon, couleurs: Sennelier, 3, quai Voltaire, Paris 7ème
Colles: Relma: 3, rue des Poitevins, Paris 6ème
            Atlantis. 1, Av. Louison Bobet, Fontenay sous bois
            Boesner: 46, rue du chemin vert, Paris 11ème
            Le Géant des Beaux-Arts: 166, rue de la Roquette, Paris 11ème et 5, rue Vergniaud, Paris 13ème
Intissé: Dreyfus, marché Saint-Pierre, 2, rue Charles Nodier, Paris 18ème
Buvards: Le Géant des Beaux-Arts, id.
Gomme en poudre: Atlantis, id., Sennelier, id.





 

1 commentaire:

  1. Bonjour,
    Pour les rousseurs sur du papier contemporain (1960-1990), que préconisez vous, svp?

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