dimanche 2 juin 2013

Le quart d'heure culturel: la reliure en peau humaine

Brrrrrr ! Ca existe, ça ? En tout cas, ça a existé !
Et pas si loin que ça, puisque l'observatoire Camille Flammarion à Juvisy en possède un !

Je prend mes informations sur le Net, comme d'habitude. Vous me direz (je m'adresse aux milliers de lecteurs qui me lisent, c'est sûr) que vous pouvez les trouver vous-mêmes, puisqu'à cet instant vous y êtes sur le Net. Mais voilà, c'est que je les ai résumées pour vous ! C'est pas cool, ça !

Donc l'"Anthropodermic bibliopegy" (rien que là, ça fait peur), remonte au moins au 17e siècle. C'était même apparemment une pratique courante, puisque (je cite) "il y avait des fabriques où l'on tannait la peau humaine, absolument comme le cuir de bœuf et de cheval, et l'on en faisait de beaux volumes qui se vendaient à un prix fou".
On utilisait surtout des cadavres de criminels. (Je cite encore) "La peau des hommes avait une consistance et un degré de bonté supérieurs à la peau des chamois ; celle des femmes présentait moins de solidité, a raison de la mollesse des tissus" (Allons, c'est quand même plus doux !). Il parait que la peau ainsi préparée ressemblait à du veau, mais certains disent "à du porc"; (moi je pense que ça dépendait de son premier propriétaire).


Les photos ci-dessus présentent quelques ouvrages de ce type, prélevées sur le Net.

Que reliait-on de la sorte ? N'importe quoi ! La Constitution de la République Française (avec la déclaration des droits de l'homme, bien sûr), dorée sur tranche, s'il vous plait; les mémoires d'un pendu (avec sa propre peau, c'est réel), le Coran (avec la peau d'un Chef de tribu arabe, vrai aussi), "la danse macabre" (c'est logique),  la Bible (pour la table de chevet?  Bonjour les cauchemars !), des ouvrages érotiques ou sado-maso (on prend la peau sur le vif ?) ... etc...

Mais venons en à notre livre de l'Observatoire Camille Flammarion de Juvisy.
L'histoire est relatée dans un journal :"Plaisir de Bibliophile, gazette trimestrielle des amateurs de livres modernes, (1926, tome II, Paris : Au Sans Pareil, 37, av. Kléber), et reproduite sur plusieurs sites du Net.

   "Au cours d’une soirée, on le présente (il s'agit de Camille Flammarion) à une délicieuse jeune femme de 28 ans, d’origine étrangère, mariée en France au comte de Saint-Ange, fort instruite et d’une intelligence très raffinée.

   L’étude des sciences la passionnait. Elle demanda au savant de lui révéler quelques-uns des mystères des mondes imaginaires et des mondes réels. Cette conversation fut un enchantement. Commencée à Paris, elle se continua dans la propriété que la dame et son mari possédaient dans le Jura.

   La comtesse, phtisique et sans illusion sur son état, parlait sans effroi de sa fin prochaine.

   De ce séjour mélancolique et singulièrement poétique, le souvenir fut resté délicieux si, à quelque temps de là, M. Camille Flammarion n’avait reçu la lettre suivante :

   « Cher Maître,

 J’accomplis ici le vœu d’une morte qui vous a étrangement aimé. Elle m’a fait jurer de vous faire parvenir, le lendemain de sa mort, la peau des belles épaules que vous avez si fort admirées « le soir des adieux », a-t-elle dit, et son désir est que vous fassiez relier dans cette peau, le premier exemplaire du premier ouvrage de vous qui sera publié après sa mort.

 Je vous transmets, cher Maître, cette relique comme j’ai juré de le faire et je vous prie d’agréer…..

   Docteur V….. »

 « J’avais admiré, en effet, ces superbes épaules le soir des adieux, raconta l’auteur des Merveilles célestes dans une interview, et je les avais là, maintenant, sur le bureau de ma salle à manger, m’inspirant d’autres sentiments.

   Que faire du cadeau ? Le renvoyer ? J’en avais bien la tentation. D’autre part, après réflexion, pourquoi ne pas remplir le vœu d’une femme dont le souvenir m’était agréable ? J’envoyai la peau à un tanneur qui, pendant trois mois, l’a travaillée avec le plus grand soin.

   Elle m’est revenue blanche, d’un grain superbe, inaltérable. J’en ai fait relier le livre qui était en cours de publication : Ciel et Terre. Cela fait une reliure magnifique. Il est maintenant dans ma bibliothèque de Juvisy. Les tranches du livre sont de couleur rouge, parsemées d’étoiles d’or, pour rappeler les nuits scintillantes de mon séjour dans le Jura. Sur la peau des épaules de la comtesse, j’ai fait graver, en outre, en lettres d’or : « Souvenir d’une morte. »


Bien qu'un peu morbide, cette histoire a quelque chose de touchant !
Malheureusement, je n'ai trouvé aucune photo de cet ouvrage sur le Net.

1 commentaire:

  1. BRAVO CAMILLE, ce blog a passionné l'ancienne libraire que je suis, et tout particulièrement le billet concernant "la reliure en peau humaine" qui m'a fait frémir comme dans un film d'Hitchcock! j'attends impatiemment la publication de tes travaux de restauration 2013....et avec ta permission :) je signalerai l'existence de ton blog à travers le mien, que je dois reprendre au plus vite.

    Linda BV

    RépondreSupprimer